Les fans de l’Olympique lyonnais n’en ont pas dormi de la nuit. Après la remontada du 8 mars 2017 du PSG à Barcelone, il y a celle subie par Lyon à Manchester le 17 avril 2025. Une terrible désillusion 5-4 après avoir mené 2-4 à Old Trafford, à 10 contre 11, pendant la prolongation.
Entrevue a contacté Julien Vigant, préparateur mental de grands champions et consultant, afin d’en savoir sur la faillite mentale des Lyonnais.
Thibaud Vézirian. En infériorité numérique pendant la prolongation, Lyon a mené 2-4 à Old Trafford avant de s’écrouler. Leur joie immense et collective après leur 4e but pose questions… Et si célébrer trop fort, trop tôt, une échéance pas encore définitive, pouvait porter préjudice aux sportifs ?
Julien Vigant. L’impact des célébrations dans quelque chose qui n’est pas encore totalement abouti, une victoire avant l’heure, est réelle. Lyon a célébré comme si c’était la fin des arrêts de jeu et que l’arbitre allait siffler la fin du match dans la foulée. Ce n’était pas le cas. La perte d’énergie que ça génère peut être l’embase de ce qui s’est passé. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas célébrer. La demi-mesure dans les célébrations est quelque chose d’intéressant à exploiter. Quand tu dis ça à un club ou à un joueur, ils n’aiment pas, c’est leur kif, ils me prennent pour un fou. Mais l’équation, c’est de réussir à leur faire entendre que conserver l’énergie de la célébration pour la fin, c’est à dire la victoire, est très important pour conserver le score. Ça ne veut pas dire que célébrer jamais permet de gagner… On peut voir que Carlo Ancelotti a toujours gardé du recul, même pendant les remontadas récentes du Real Madrid ces dernières saisons. C’est un propos que les clubs devraient entendre.

L’importance d’apprendre l’historique des effets néfastes de célébrer trop tôt
Quelles sont les solutions pour s’éviter de telles déconvenues ?
A l’image des Lyonnais, presque en pyramide humaine, à fêter la victoire alors qu’il restait plus de 10 minutes, il y a un risque de déconcentration, de relâchement. Il faut essayer de garder l’influx nécessaire. On a eu l’exemple des Parisiens en 2017, ou même récemment face à Aston Villa, qui célèbrent trop tôt et se font reprendre. Par l’apprentissage du stoïcisme en amont, on peut expliquer l’impact de tout ça sur les joueurs. On enseigne tout cela avec des process conversationnels. En faisant par exemple un historique des effets néfastes des célébrations précoces, ça aide les sportifs à intérioriser ce problème. Regardez ceux qui restent dans le stoïcisme, comme Zinedine Zidane, en finale de Coupe du monde 1998, il avait compris. Premier but, aucune célébration. Deuxième but, un petit sourire, deux accolades sans envie, il a potentiellement compris l’intérêt d’être focus sur la suite du match. Comme Carlo Ancelotti, qui a cette culture-là.

Vous gâchez un peu la fête et le spectacle en étant à ce point « scientifique ». Même si, à haut niveau, en effet, pas de place au hasard… Alors doit-on s’interdire de célébrer et laisser exploser sa joie ?
Pas totalement. Mais faire l’expérience de beaucoup plus de stoïcisme dans les célébrations, plus de retenue, d’humilité, ne pas « se croire » arrivé avant la fin réelle de l’évènement, peut donner des résultats très intéressants. Plus je me convaincs que certaines équipes ont fait les frais de célébration trop anticipées, plus je canaliserais cela individuellement lorsque je le vivrais. À chaque club d’apprendre de son vécu ! Lyon entre dans la grande Histoire du football et nous donne un nouveau cas d’école.