À moins de deux mois de sa 79e édition, le Festival d’Avignon se retrouve ébranlé par un départ aussi discret que révélateur : celui de son directeur délégué, Pierre Gendronneau, visé par plusieurs signalements de violences sexistes et sexuelles (VSS). Un climat devenu intenable pour cet acteur influent du théâtre contemporain, poussé à quitter ses fonctions dans un contexte de vigilance accrue sur ces sujets dans le monde culturel.
Un départ précipité dans un contexte sensible
C’est ce mercredi 30 avril que la direction du Festival d’Avignon a annoncé le départ prochain de Pierre Gendronneau, prévu pour le 13 juin. Âgé de 35 ans, celui qui était l’un des piliers de l’organisation depuis février 2023 laisse derrière lui un festival en pleine préparation et une équipe encore sous le choc. Officiellement, il s’agit d’un départ “d’un commun accord” pour des raisons personnelles. Officieusement, c’est une série de signalements remontant à ses fonctions antérieures qui ont conduit à cette issue.
Dès novembre 2024, le ministère de la Culture avait saisi la justice en activant l’article 40 du Code de procédure pénale, après avoir reçu plusieurs signalements à son encontre. Le festival a alors diligenté une enquête interne menée par le cabinet spécialisé Egaé. Si celle-ci n’a pas mis en évidence de faits de harcèlement ou de violence survenus durant sa période au sein de l’organisation avignonnaise, l’existence d’accusations passées et d’enquêtes en parallèle a suffi à installer une “atmosphère de suspicion”, selon les mots du directeur du festival, Tiago Rodrigues.
Un malaise plus large dans le monde du spectacle
Les faits évoqués, bien qu’antérieurs à son arrivée à Avignon, n’ont pas été sans conséquence sur le climat interne. D’après Télérama, neuf signalements liés à des VSS ont été enregistrés au sein du festival depuis le début de l’année 2024, plusieurs visant directement Pierre Gendronneau. L’ancien bras droit d’Emmanuel Demarcy-Mota au Festival d’Automne fait également l’objet d’une enquête commandée dans cette autre institution culturelle parisienne, toujours par le cabinet Egaé.
Ce départ inattendu s’inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience et de responsabilisation dans les milieux artistiques. Après plusieurs affaires ayant ébranlé le secteur, le théâtre public, longtemps préservé de la médiatisation des affaires de violences, semble à son tour confronté à un devoir de transparence et d’exemplarité.
La 79e édition du Festival d’Avignon, prévue du 5 au 26 juillet, s’ouvrira donc sans l’un de ses architectes clés. Reste à savoir si cette crise interne incitera d’autres structures à renforcer leurs dispositifs de prévention et à mieux accompagner la parole des victimes.