Festival d’Avignon 2025 : une ouverture explosive avec « Nôt », libre plongée dans l’univers des Mille et Une Nuits
Festival d’Avignon 2025 : une ouverture explosive avec « Nôt », libre plongée dans l’univers des Mille et Une Nuits

La 79e édition du Festival d’Avignon s’est ouverte samedi 5 juillet dans une ambiance électrique, sous un ciel encore chaud à la nuit tombée. La Cour d’honneur du Palais des papes, cadre mythique du festival, a accueilli la première mondiale de Nôt, nouvelle création de Marlene Monteiro Freitas. Le spectacle, performance aussi visuelle que sonore, a marqué les esprits dès la première soirée.

Une relecture libre et troublante des Mille et Une Nuits

Pour cette ouverture très attendue, la chorégraphe capverdienne a choisi de revisiter l’imaginaire foisonnant des Mille et Une Nuits. Le titre du spectacle, Nôt, signifie « nuit » en créole capverdien, et l’atmosphère qui s’en dégage évoque bien davantage le rêve agité que la féerie lumineuse. Sur scène, huit interprètes – danseurs et musiciens – investissent un espace clos, cerné de grillages, parsemé de lits, de chaises et d’objets basculant entre l’intime et l’institutionnel.

La scénographie évoque un huis clos où les corps semblent traversés par une force invisible. Les artistes, habillés de tabliers, de robes sombres, souvent affublés de masques aux grands yeux, se meuvent dans un langage corporel intense, syncopé, comme pris dans une transe. Certaines séquences s’apparentent à des danses mécaniques, d’autres à des rituels absurdes. L’ambiance sonore mêle percussions martelées, cris, sifflets, nappes électroniques, et emprunts à des œuvres telles que Les Noces d’Igor Stravinsky ou des morceaux de Nick Cave.

Les références au récit original sont volontairement éclatées. Aucun conte n’est raconté, mais l’esprit de survie de Shéhérazade – cette femme qui retarde nuit après nuit sa mise à mort en captivant le sultan par ses histoires – plane sur le spectacle. Il s’agit d’un théâtre du fragment et du surgissement, où les scènes s’enchaînent sans logique apparente, dans un désordre orchestré.

Une soirée d’ouverture marquée par la tension et l’engagement

L’ouverture du festival avec cette œuvre intense s’inscrit dans une édition où la langue arabe est à l’honneur, après l’anglais et l’espagnol les années précédentes. Ce choix répond à une volonté affirmée de dialogue avec les cultures du monde arabe, à travers la programmation d’une quinzaine d’artistes venus notamment du Liban, de Tunisie, du Maroc et de Syrie.

Le spectacle a été précédé d’une prise de parole du directeur du Festival, Tiago Rodrigues, appelant les spectateurs à « ouvrir les yeux » face aux désordres du monde, à travers une programmation conçue comme un espace de réflexion autant que de création. Le festival s’ouvre également sur fond de mobilisation dans le secteur culturel : la CGT Spectacle a réaffirmé son appel à refuser de jouer si la ministre de la Culture Rachida Dati se rendait à Avignon, dénonçant les coupes budgétaires et réclamant sa démission.

Malgré ce contexte tendu, Nôt a lancé le Festival d’Avignon avec force, installant dès la première soirée une atmosphère à la fois déroutante et fiévreuse. Un signal fort pour une édition 2025 qui entend confronter l’esthétique à la politique, l’imaginaire à la réalité.

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