L’édition 2026 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pourrait se dérouler sans ses principaux acteurs. En cause, une contestation inédite visant la société organisatrice 9e Art+, accusée de dérives managériales, d’opacité financière et d’un licenciement controversé après une plainte pour viol.
Une pétition qui fait trembler le festival
Près de 400 auteurs, autrices et professionnel·les du monde de la BD, dont Luz, Fabcaro, Catherine Meurisse, Posy Simmonds ou encore Art Spiegelman, ont publié une tribune dans L’Humanité le 17 avril 2025. Intitulée « Nous n’irons pas à Angoulême », cette pétition appelle au boycott pur et simple de la 53e édition du FIBD, prévue du 29 janvier au 1er février 2026. « Sans nous, cette édition sera une coquille vide », préviennent les signataires.
À l’origine de cet appel : un désaccord profond avec la direction actuelle du festival, assurée depuis près de vingt ans par la société privée 9e Art+, dirigée par Franck Bondoux. Les auteurs dénoncent un manque de transparence, un dialogue inexistant avec les professionnels du secteur, une logique mercantile aux dépens de la création, mais surtout le projet controversé de transformer l’organisation en société par actions simplifiée (SAS), fusionnant l’association fondatrice et 9e Art+. Les collectifs STAA CNT-SO et #MeTooBD, à l’initiative de la mobilisation, s’alarment du manque total de consultation dans cette décision, qui engagerait la direction du festival pour une décennie de plus.
Une affaire de gestion… et de valeurs
L’indignation des signataires a été exacerbée par une affaire révélée lors de l’édition 2025 du festival. Une ex-responsable de la communication aurait été licenciée après avoir porté plainte pour un viol qu’elle aurait subi durant le festival 2024, dans un contexte de soumission chimique. Bien que 9e Art+ conteste les accusations, cette affaire a cristallisé les tensions.
Interrogé par l’AFP début avril, Franck Bondoux a défendu son projet de fusion, assurant que l’association conserverait la propriété de l’événement. Selon lui, l’objectif est de garantir la stabilité du festival et de reconnaître le savoir-faire de sa société. Mais pour les artistes, cette perspective équivaut à confisquer le festival à ceux qui l’animent : auteurs, autrices, éditeurs, traducteurs et critiques.
Une pétition en ligne intitulée Désertons le FIBD d’Angoulême recueillait déjà plus de 1 000 signatures au 18 avril. Parmi les soutiens, figurent le Grand Prix 2025 Anouk Ricard, mais aussi Julie Doucet ou Joe Sacco. Le bras de fer ne fait que commencer, et le futur du plus grand festival de BD d’Europe s’annonce incertain.