NAIROBI, 25 juin 2025 — Des milliers de Kényans ont manifesté mercredi dans les rues de Nairobi pour marquer le premier anniversaire des violentes protestations antigouvernementales de 2024, au cours desquelles des manifestants avaient pris d’assaut le Parlement et plus de 60 personnes avaient trouvé la mort sous les balles de la police. Un an plus tard, les tensions restent vives, notamment en raison de nouvelles allégations d’abus policiers.
La mobilisation de ce mercredi intervient dans un contexte de colère renouvelée, après la mort début juin d’un blogueur et enseignant de 31 ans, Albert Ojwang, décédé alors qu’il était en garde à vue. Son décès a ravivé les critiques contre les forces de sécurité, déjà accusées d’avoir utilisé une force excessive lors des manifestations de l’an dernier. Six personnes, dont trois policiers, ont été inculpées mardi pour le meurtre d’Ojwang. Tous ont plaidé non coupables.
Dans la capitale kényane, un important dispositif de sécurité a été déployé. Des unités anti-émeutes ont bouclé les principaux accès au centre-ville et dressé des barricades autour du Parlement, rappelant les images du 25 juin 2024, lorsque les manifestants avaient franchi les grilles du bâtiment législatif. Cette intrusion avait été suivie d’une répression sanglante, largement condamnée par les organisations de défense des droits humains et plusieurs chancelleries occidentales.
Le ministère de l’Intérieur a adressé mardi une mise en garde ferme sur le réseau social X, appelant les manifestants à ne pas « provoquer la police » ni tenter de « violer les zones protégées ». Cette déclaration a été perçue par de nombreux observateurs comme une menace à peine voilée contre toute tentative de manifestation massive.
Les ambassades occidentales à Nairobi ont appelé à des rassemblements pacifiques et rappelé que l’usage excessif de la force est contraire aux engagements du Kenya en matière de droits humains. Les manifestants, pour leur part, dénoncent non seulement l’impunité policière mais aussi la persistance de l’injustice sociale et économique qui avait initialement motivé la colère populaire, notamment des propositions de hausse d’impôts aujourd’hui suspendues.
Alors que le président William Ruto tente de tourner la page d’une année de turbulences, les rues de Nairobi témoignent encore d’un profond malaise entre une partie de la population et les institutions sécuritaires du pays. Le souvenir du 25 juin 2024 reste vif, et les appels à des réformes en profondeur se font de plus en plus pressants.