Suicide, arrêts de travail, management brutal… Le grand malaise des salariés de la maison Lefebvre Dalloz @wikipedia commons
Suicide, arrêts de travail, management brutal… Le grand malaise des salariés de la maison Lefebvre Dalloz @wikipedia commons

Connue pour ses célèbres codes rouges (code civil, code pénal…), l’entreprise centenaire Lefebvre Dalloz traverse une crise interne profonde. La réorganisation initiée en 2018 avec l’appui stratégique de McKinsey a bouleversé le quotidien des salariés, qui dénoncent depuis plusieurs années un climat de tension et un management jugé brutal. En mai dernier, un commercial de 36 ans s’est suicidé sur son lieu de travail, au siège de La Défense. Une enquête de police et de l’inspection du travail a été ouverte, comme le prévoit la législation pour tout geste de ce type survenant dans le cadre professionnel. Si aucun lien de causalité n’a été officiellement établi, ce drame intervient dans un contexte de malaise généralisé.

Une réorganisation contestée

Depuis la fin des années 2010, les maisons d’édition historiques du groupe (Dalloz, Francis Lefebvre et Éditions Législatives) ont été fusionnées et leurs activités regroupées en filières métiers. Ce bouleversement a entraîné le départ de nombreux cadres et managers, remplacés par de nouvelles équipes de direction venues de l’extérieur. La quasi-totalité du comité de direction a changé entre 2018 et 2024. La direction a engagé un vaste plan de transformation baptisé « Augmented Growth », avec l’appui de cabinets de conseil. Le budget consulting atteindrait une dizaine de millions d’euros par an. Plusieurs actionnaires historiques ont alerté dès 2021 sur les conséquences humaines et sociales de cette stratégie, évoquant un management brutal et un recours excessif aux consultants.

Pression et mal-être

La réorganisation a entraîné une réduction d’effectifs en France, estimée à près de 14 % entre 2020 et 2024, davantage encore pour les maisons d’édition. Les doublons créés par les fusions se sont traduits par de nombreux départs, parfois contestés en interne. Dans les services commerciaux, les objectifs de vente ont fortement augmenté, entraînant une pression accrue sur les salariés. Les arrêts maladie et les burn-out se sont multipliés, avec un taux d’absentéisme en hausse selon les chiffres communiqués aux instances représentatives du personnel. L’inspection du travail a conclu en 2022 à un manquement de l’entreprise à son obligation de protection de la santé et de la sécurité des salariés, estimant que la responsabilité de l’entreprise pouvait être engagée sur le plan pénal.

Une maison en quête d’apaisement

Malgré la mise en place d’un plan d’action incluant le renforcement du droit à la déconnexion et des entretiens de suivi, le malaise reste palpable. Les critiques portent sur une transformation jugée brutale et conduite sans réelle prise en compte du facteur humain, avec une culture d’entreprise bouleversée au profit d’une logique financière et consultante. Le départ à la retraite du PDG Olivier Campenon au printemps dernier et la réorganisation de la gouvernance pourraient ouvrir une nouvelle page. Le conseil d’administration met en avant un faible turnover et une forte ancienneté, signes selon lui de l’attachement des salariés. Mais beaucoup estiment que la reconstruction sera longue et difficile après des années de tensions et de souffrance au travail.

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