Les faits remontent à la nuit de samedi à dimanche, dans un immeuble tranquille de Saint-Maurice, dans le Val-de-Marne. Un homme de 22 ans, habitant le quartier, s’est introduit dans la résidence et s’en est pris exclusivement à des objets et véhicules appartenant à des habitants de confession juive. Ce mercredi, il a été déféré devant le tribunal correctionnel de Créteil.
Mézouzas arrachées, textes mâchés, objets déplacés
L’individu a méthodiquement arraché huit mézouzas – ces objets rituels accrochés aux portes d’entrée – sur les douze que compte l’immeuble. Sur des images de vidéosurveillance circulant sur les réseaux sociaux, on le voit agir calmement, tenant entre les lèvres un rouleau de parchemin sacré extrait d’une des mézouzas, qu’il finit par mâcher. Il est ensuite descendu dans le parking souterrain, s’attaquant à six véhicules et un scooter. Tous appartiennent à des membres de la communauté juive, selon l’avocate de plusieurs résidents, qui évoque une mise en scène troublante. Dans l’une des voitures vandalisées, il a découvert un chandelier de Hanouka à neuf branches. Il l’a installé sur le toit du véhicule, bougies repositionnées, avant de disperser le contenu des habitacles à même le sol.
« Un geste ciblé qui a traumatisé les habitants »
L’homme, inconnu des services judiciaires mis à part une infraction routière, a déclaré être ivre lors des faits et a évoqué une consommation excessive de cannabis. Il a reconnu les dégradations, tout en niant tout mobile antisémite. Sa famille l’a poussé à se rendre au commissariat après l’avoir reconnu sur les vidéos. Le parquet a requis un placement sous contrôle judiciaire avec interdiction de se rendre à Saint-Maurice. Le tribunal devait trancher dans la soirée sur un éventuel maintien en liberté jusqu’au procès. Du côté des habitants, l’inquiétude reste vive. La résidence abrite un magasin casher en rez-de-chaussée et plusieurs familles de confession juive. Certains estiment que l’auteur savait précisément à qui appartenaient les voitures ciblées. L’un d’eux parle d’un « geste profondément choquant, mis en scène avec insistance », et souligne la crainte qui s’est installée depuis.
Un climat tendu dans le département
Ces dégradations surviennent dans un contexte déjà lourd. À Vitry, un rayon casher a été saccagé dans un supermarché. À Charenton, des adolescentes juives ont été insultées. Les tensions se sont multipliées, au point qu’un père de famille, excédé, a tenté de se faire justice lui-même avant d’être interpellé. Le maire de Saint-Maurice, Igor Semo, a confirmé avoir été sollicité par des habitants bien au-delà de sa commune, dans tout le Val-de-Marne et jusqu’en Seine-et-Marne. L’émotion, elle, dépasse le simple cadre local.