Avec les vagues de chaleur, les piscines publiques se retrouvent une fois de plus en première ligne. Mais loin d’être des havres de fraîcheur et de détente, elles sont devenues dans plusieurs villes des foyers de tension, de violences et de décisions controversées. De Colmar à Strasbourg, du Mans à Porrentruy en Suisse, les incidents se multiplient, poussant les autorités à prendre des mesures drastiques, parfois très contestées.
Fermetures à répétition et personnel en retrait
À Colmar, la piscine municipale a été fermée trois jours après des insultes et échauffourées impliquant un groupe d’individus. À Strasbourg, le bassin du Wacken a connu une situation similaire avec des agressions verbales, des violences physiques et des menaces, obligeant les équipes à restreindre les horaires d’ouverture. À chaque fois, le personnel invoque son droit de retrait, épuisé face à une hostilité croissante. Les témoignages se recoupent : jeunes baigneurs en quête de buzz, comportements agressifs, non-respect des règles, agressions contre les agents. Les réseaux sociaux sont parfois à l’origine de rassemblements massifs, comme au Mans, où un parc aquatique a fait face à ce que son gérant a qualifié d’« émeute » de plusieurs centaines de personnes, certaines munies de barres de fer et de pierres.
Le cas suisse qui fait polémique
Outre-frontière, la commune de Porrentruy, dans le canton du Jura, a pris une mesure radicale : l’interdiction d’accès à sa piscine municipale pour toute personne étrangère ne résidant ni ne travaillant en Suisse, et ce jusqu’à fin août. Une décision motivée, selon le maire, par une série d’incivilités observées les semaines précédentes. Depuis sa mise en œuvre, il affirme ne plus constater de débordements et se félicite même d’un regain d’abonnements locaux. Mais cette interdiction territoriale suscite un tollé. La Commission fédérale contre le racisme a jugé la mesure « irritante » et contraire aux principes constitutionnels. Le maire assure qu’il ne s’agit pas d’un acte discriminatoire, mais d’un choix de gestion pragmatique. Pourtant, les critiques fusent, notamment de la part des Jeunes socialistes jurassiens qui dénoncent une stigmatisation ciblée.
Des touristes français dans le viseur
Derrière les discours officiels, le constat est plus brutal : selon les autorités locales, la majorité des débordements constatés cet été — comportements déplacés, violences, non-respect du règlement — seraient le fait de ressortissants français. Une vingtaine d’interdictions individuelles ont déjà été prononcées, nourrissant un climat de méfiance autour des visiteurs venus de l’Hexagone. Une situation qui, à défaut d’apaiser les tensions, pourrait durablement détériorer l’image des vacanciers français à l’étranger. Au-delà des polémiques, la multiplication de ces incidents et des réponses sécuritaires interroge : la piscine publique, lieu de mixité et de loisir par excellence, est-elle en train de devenir un espace sous surveillance, réservé aux « bons comportements » ?