La semaine 42 n’en finit plus de hanter la mémoire collective. Chaque année, entre le 10 et le 20 octobre, un drame vient s’y inscrire, comme un rendez-vous tragique. Après Samuel Paty en 2020 et Dominique Bernard en 2023, le souvenir de la petite Lola revient, trois ans après son meurtre à Paris. Ce 17 octobre, la cour d’assises ouvre le procès de Dahbia Benkired, 27 ans, accusée d’avoir tué et mutilé l’enfant de douze ans dans des conditions d’une violence inouïe. Le 14 octobre 2022, Lola Daviet disparaît en sortant du collège Georges-Brassens, dans le 19e arrondissement. À peine deux minutes séparaient l’école de la loge où vivaient ses parents, gardiens d’immeuble. Ce jour-là, sa mère prépare les valises pour le week-end sur la côte d’Opale. Mais l’adolescente ne rentre pas. L’inquiétude monte, puis la panique. Les parents fouillent la résidence, préviennent la police, exploitent les images de vidéosurveillance. À 15 h 20, la fillette apparaît, précédée d’une femme inconnue. Après cela, plus rien. Quelques heures plus tard, son corps est retrouvé dans une malle en plastique, dissimulée dans la cour intérieure de l’immeuble. La petite a été violée, torturée, puis étouffée sous le ruban adhésif.
Un crime d’une sauvagerie inqualifiable
La principale suspecte, Dahbia Benkired, est interpellée dès le lendemain. Algérienne arrivée en France en 2016 avec un titre de séjour étudiant, elle était sous le coup d’une obligation de quitter le territoire (OQTF) restée lettre morte. Ce détail, devenu symbole d’un État impuissant, nourrit depuis deux ans les polémiques politiques sur l’immigration et les expulsions. L’enquête révèle que Benkired, sans emploi, hébergée de manière précaire chez sa sœur dans le même immeuble que les Daviet, a entraîné Lola chez elle avant de commettre l’irréparable. Après le crime, elle promène le corps de l’enfant dans une malle, erre dans les rues avec ses bagages, avant d’abandonner le tout dans la cour. Les policiers la localisent quelques heures plus tard à Bois-Colombes. En garde à vue, ses déclarations sont incohérentes. Elle parle d’un « fantôme », d’une vengeance floue pour un badge refusé. Dahbia Benkired, qui a perdu ses parents peu avant les faits, apparaît instable. Selon ses proches, elle tenait des propos délirants depuis la mort de sa mère. Transférée en unité psychiatrique après des crises en détention, elle a pourtant été déclarée pénalement responsable. Trois expertises psychiatriques ont conclu à l’absence de pathologie majeure. Les experts évoquent une personnalité narcissique et des traits psychopathiques. Lorsqu’on lui montre les photos du corps de Lola, elle réagit sans émotion : « Cela ne me fait ni chaud ni froid », aurait-elle dit aux enquêteurs.
Une famille brisée, une société sidérée
Pour les parents de Lola, la vie s’est arrêtée ce jour-là. Delphine, sa mère, n’a jamais repris son poste de gardienne. Le père, Johan, s’est éteint en février 2024, terrassé par une crise cardiaque après des mois d’alcool et de détresse. Le couple, uni depuis vingt ans, n’a pas survécu à la perte de leur fille. « Tout a volé en éclats », confie la mère, aujourd’hui soutenue par son fils Thibault, désormais seul pilier de la famille. Au-delà du drame familial, l’affaire Lola a bouleversé l’opinion, ravivant les tensions autour du contrôle des frontières, de la justice et de la sécurité. La question du suivi des obligations de quitter le territoire est revenue au cœur du débat politique, transformant ce crime individuel en symbole national. Le procès de Dahbia Benkired, qui s’étalera du 17 au 24 octobre à Paris, doit tenter de comprendre l’incompréhensible. Jugée pour « meurtre et viol avec actes de barbarie sur mineur de moins de 15 ans », elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Dans la salle, Delphine et Thibault attendent des réponses qu’aucune peine ne pourra vraiment offrir. La France, elle, retient son souffle devant ce nouveau face-à-face avec l’horreur.