Il voulait juste faire des courses. Il a fini par donner son argent pour sauver sa peau. C’était une sortie rare, presque une exception dans son quotidien morne. Ce mardi 6 mai, un jeune étudiant nantais, affaibli par des problèmes de santé, décide de braver la nuit pour aller acheter de quoi manger. Ce qu’il ignorait, c’est qu’à quelques pas du supermarché, la rue allait lui rappeler avec violence qu’aucune routine n’est jamais anodine. À peine descendu du bus, une silhouette l’aborde. Un échange, une tension qui monte. Puis l’arme. Et les coups. Une dizaine de coups de couteau pour un refus de céder son téléphone. Les propos de ce jeune homme ont été recueillis par nos confrères du Figaro : « Face à une lame, on n’est rien », glisse-t-il, le regard encore flou et la voix nouée. S’il a conservé son portable, c’est en abandonnant 480 euros — l’argent qu’il avait retiré pour payer son loyer. Une rançon improvisée pour faire fuir son agresseur.
Une attaque éclair, une vie qui vacille
Tout bascule en quelques secondes, dans une ruelle près de l’arrêt Saint-Nicolas, en plein centre-ville de Nantes. L’étudiant, ancien technicien en reconversion dans la restauration, est accosté par un homme entre 27 et 35 ans, de type maghrébin selon sa description. D’abord, une cigarette demandée — il donne. Ensuite, le téléphone — il refuse. Car ce téléphone, dit-il, contient toute sa vie. Face à son refus, l’inconnu dégaine une lame de cuisine, 12 centimètres de long. Et frappe. À l’abdomen, d’abord. Puis s’interrompt, esquisse un sourire, et reprend. Comme si l’attaque avait besoin d’un second souffle. Le jeune homme tente de se défendre. Il a pratiqué les sports de combat. Mais le choc, la peur, l’effet de surprise sont plus forts. Au sol, blessé, il finit par négocier. Pas son téléphone, mais son argent. 480 euros en liquide. L’agresseur prend, puis disparaît. L’étudiant, malgré le sang, la douleur, la panique, ne compose pas le 17. Il marche jusqu’au commissariat pour porter plainte. Sur le chemin, un restaurateur lui tend des mouchoirs pour éponger les plaies. Puis direction les urgences. Les médecins le rassurent : ses vêtements — veste, pull, tee-shirt — ont amorti certains coups.
Après la violence, le vide
Depuis l’agression, il vit chez des amis. Incapable de dormir seul. Une cagnotte a été lancée pour lui venir en aide. Mais ce n’est pas l’argent qui manque : c’est la confiance, les repères, l’envie de continuer. Déjà fragile psychologiquement, sujet à des épisodes dépressifs et à des troubles cardio-respiratoires, il voit son projet de reconversion professionnelle s’effondrer. Il n’y retournera pas. « Ça aurait pu être pire. Ça aurait pu tomber sur quelqu’un de plus vulnérable que moi », souffle-t-il. Il ne sait pas ce que l’avenir lui réserve. Juste qu’il ne reprendra pas là où il s’était arrêté. Les réactions, elles, pleuvent. L’association Sécurité Nocturne Nantes s’insurge sur les réseaux : « Quand cela va-t-il s’arrêter ??? Stop à l’insécurité !!! » La mairie tempère. Le premier adjoint Bassem Asseh rappelle que les statistiques de coups et blessures à Nantes restent inférieures à la moyenne des autres métropoles. 4,5 faits pour 1000 habitants contre 5,8 ailleurs. Un maigre lot de consolation pour une victime qui ne regarde plus la nuit de la même manière.