Dans les quartiers nord de Marseille, la mosquée des Bleuets défie l’État avec une ténacité qui frise l’esclandre. Ce 6 octobre 2025, la préfecture des Bouches-du-Rhône, par la voix de Georges-François Leclerc, a notifié un arrêté de fermeture administrative pour deux mois, accusant l’imam Smaïn Bendjilali (alias Ismail) de semer un islam radical, terreau fertile au djihad et à la charia. Des publications sur X, jugées comme des appels à la haine et à la violence, ont scellé ce décret, entré en vigueur 48 heures après notification. Mais l’imam, condamné en mai à six mois de prison avec sursis pour apologie du terrorisme (appel en cours), contre-attaque : un référé-liberté atterrira mardi 7 octobre à 15 heures au tribunal administratif de Marseille, pour bloquer cette mesure qualifiée d’« acharnement » par ses avocats. La mosquée, encore ouverte ce lundi selon ICI Provence, reste un bastion de résistance, où fidèles et juristes préparent la bataille judiciaire. Le bras de fer n’est pas neuf. Dès août 2024, un précédent préfet de police avait menacé de fermeture pour des « propos légitimant la violence » tenus depuis des années dans ce lieu du 13e arrondissement. L’imam, réinstallé dès le lendemain de sa condamnation en mai (pour avoir retweeté une vidéo glorifiant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 comme « légitime défense »), incarne pour les autorités une menace persistante. L’arrêté préfectoral, fondé sur la loi de 2021 contre le séparatisme, dénonce une « vision fondamentaliste » qui « instaure un terreau propice à des actes violents ». Me Sefen Guez Guez, conseil de l’association gestionnaire, fustige une « punition collective » aux fidèles, alors que le pays, sans gouvernement stable, voit le préfet s’acharner seul. Rafik Chekkat, autre avocat, crie à l’« atteinte grave à la liberté de culte ».
Un duel entre État et radicalisme
Cette offensive s’inscrit dans une traque plus large aux mouvances fondamentalistes marseillaises, où l’État alterne entre fermetures temporaires et pressions subtiles. En septembre dernier, Leclerc avait déjà averti : sans écartement de l’imam, la mosquée fermerait. L’association a brièvement obtempéré en 2024, mais le retour de Bendjilali a rallumé la mèche. Les autorités pointent des discours en chaire et en ligne qui, selon elles, légitiment le djihad et prônent la charia, risquant de raviver les tensions dans un quartier déjà sous haute vigilance. Pour les habitants, l’opinion est partagée : certains saluent une mesure tardive (« On a laissé parler ces gens pendant des années », soupire un riverain), d’autres craignent un embrasement communautaire. Le référé-liberté, procédure d’urgence, suspendra l’exécution le temps d’une audience express, mais le verdict pourrait sceller le sort de ce lieu, symbole d’un islam contesté. L’affaire des Bleuets interroge plus profondément : où s’arrête la liberté de culte et commence la ligne rouge sécuritaire ? Condamné à 2 000 euros d’amende et privé temporairement de droits civiques, l’imam jure vouloir un « islam modéré », mais ses posts sur X, scrutés comme des bombes à retardement, contredisent ce narratif. La préfecture, intransigeante, mise sur cette fermeture pour envoyer un message clair aux autres mosquées soupçonnées de dérapages. Si le tribunal valide le décret, les portes claqueront dès le 8 octobre, privant des centaines de fidèles d’un espace spirituel. Mais en cas d’annulation, ce sera un camouflet pour Leclerc, accusé par la défense de mener une vendetta personnelle. À Marseille, ville-monde aux fractures vives, cette saga judiciaire risque de polariser un peu plus les lignes, entre vigilance républicaine et soupçons de surenchère sécuritaire. Ce 7 octobre dira si la mosquée des Bleuets plie ou redresse la tête, dans un duel où personne ne sort vraiment gagnant.