C’est un geste nocturne qui a scellé un destin. À Pontoise, la cour d’assises du Val-d’Oise juge Modibo T., ancien footballeur professionnel, pour avoir porté un coup de pied à la tête d’un jeune homme de 24 ans, en octobre 2018 au Mesnil-Aubry. La victime, Florent, a survécu trois ans dans un état végétatif, avant de succomber. Mardi soir, l’avocat général a requis 14 ans de réclusion criminelle. Florent et deux amis s’étaient amusés, un mois avant le drame, à voler trois plants de cannabis à Ézanville. Modibo T., chargé de surveiller la culture, n’avait pas digéré l’affront. En quête de vengeance, il avait rameuté une bande venue de la capitale pour récupérer son bien. L’expédition punitive avait débuté dans le local des jeunes du village, avec des extorsions de portables et de véhicules. Mais c’est quelques heures plus tard, à 4h27 du matin, que la tragédie s’est jouée. Revenu pour apaiser les tensions, Florent a reçu en pleine tête le coup de pied qui l’a précipité dans un coma de trois mois, avant une descente inexorable vers la mort.
Une vengeance préméditée, une défense démontée
Face aux jurés, Modibo T. a plaidé la légitime défense. Il a affirmé que Florent aurait exhibé une arme blanche au moment du coup. Mais les témoignages tardifs, les versions contradictoires et surtout l’absence de preuve tangible ont fait vaciller cette ligne de défense. Le seul couteau retrouvé était resté dans la poche de la victime. L’avocat général a balayé l’hypothèse de la menace immédiate, rappelant que la loi impose proportionnalité et nécessité. « Rien ne l’obligeait à frapper », a-t-il souligné, évoquant un homme « humilié » déterminé à « donner une leçon ». L’accusation a aussi ressorti une affaire précédente, où Modibo T. avait déjà frappé un jeune à la tête. Le parquet estime qu’il connaissait les conséquences de ses actes. « Il sait qu’un coup à la tête peut tuer, et il l’a fait quand même. » Florent, lui, n’a plus eu d’avenir. Condamné à vivre dans la douleur, balloté d’un hôpital à l’autre, il a connu une agonie de 832 jours. Son état, d’abord stationnaire, s’est détérioré après des complications respiratoires. Sa mère a fini par signer l’arrêt des soins. « Elle lui a donné la vie, elle a dû en décider la fin », a résumé l’avocat de la famille. Le verdict est attendu jeudi. Pour les parents de Florent, il incarnera, à défaut de consolation, une reconnaissance du calvaire qu’ils ont traversé.