Trois tonnes d’herbe, des palettes camouflées, et un circuit aérien digne d’une ligne régulière : les gendarmes ont mis au jour un trafic de drogue transatlantique d’une ampleur totalement inattendue. Le Canada, où le cannabis est légal depuis 2018, servait de rampe d’exportation vers la France, l’Allemagne et la Belgique. La surprise a été totale, y compris chez les enquêteurs spécialisés.
Un « pont aérien » aussi discret qu’efficace
Le stratagème repose sur un procédé aussi simple qu’efficace : du cannabis compressé, conditionné sous vide, inséré dans des palettes de fret aérien. Invisibles au premier coup d’œil, presque indétectables aux chiens, certaines palettes échappaient même au scanner. À raison d’un envoi toutes les deux semaines, les trafiquants ont ainsi écoulé plus de trois tonnes d’herbe depuis le début de l’année 2025. C’est le commandant-adjoint de la section de recherches de la gendarmerie des transports aériens, le lieutenant-colonel Colard, qui l’admet : « On n’imaginait pas que le Canada pouvait être exportateur d’herbe de cannabis, dans de telles quantités et avec une telle teneur en THC. » Ce taux élevé de tétrahydrocannabinol – la substance psychoactive du cannabis – rendait le produit particulièrement prisé sur le marché européen.
Une filière qui se croyait intouchable
À Paris, les complices attendaient les cargaisons pour les dispatcher dans toute la région, jusqu’en Belgique et en Allemagne. Mais début mai, la filière a été stoppée net. Trois arrestations ont eu lieu côté canadien, et sept en France. Cinq personnes ont déjà été mises en examen. La source ? Le « surplus » de la production légale canadienne, recyclé illégalement pour nourrir les marchés où le cannabis reste prohibé. Une affaire qui, au-delà du démantèlement d’un réseau, rebat les cartes de la géographie du narcotrafic mondial.