Le carnaval étudiant de Caen, censé être une grande fête populaire, a viré au cauchemar pour plusieurs jeunes femmes. Cinq plaintes ont été déposées dès le lendemain de l’édition 2025 pour des piqûres suspectes accompagnées de pertes de contrôle inexpliquées. Deux victimes témoignent aujourd’hui de ce qu’elles ont vécu dans la nuit du jeudi 3 avril. Des récits troublants, faits de trous de mémoire, d’inquiétude, de confusion – et de solitude potentielle. La première, qui préfère garder l’anonymat, peine à reconstituer sa soirée. Elle était pourtant entourée d’amis, comme des centaines d’autres étudiants. Mais à un moment, son corps et son esprit se sont déconnectés.
Une marque sur le bras, et le vide dans la tête
Euphorie soudaine, discours incohérent, puis effondrement et pleurs. Un état second qui n’a rien à voir, selon elle, avec l’alcool. Elle insiste : « Je connais les effets d’une cuite, ce n’était pas ça. Le lendemain, je n’avais même pas mal au crâne. » Ce qu’elle conserve de cette nuit, c’est une trace visible : une petite marque sur le bras gauche, un bleu formé autour. Le lendemain, direction le commissariat, puis le centre médico-légal du CHU de Caen pour analyses. Le plus effrayant, confie-t-elle, c’est l’idée de ce qui aurait pu arriver si ses amies ne l’avaient pas protégée. « Quand vous n’avez plus le contrôle, tout le monde peut faire ce qu’il veut avec vous. » La deuxième victime, elle aussi anonyme, décrit un autre scénario. Vers 1h30, après être sortie d’un bar pour fumer, elle se retrouve en compagnie d’un inconnu insistant, qui lui caresse les cheveux. Elle accepte une cigarette. Très vite, le malaise s’installe : acouphènes, vision floue, vertiges soudains. « Si je fermais les yeux, je tombais », dit-elle. L’effet est brutal, sans signe avant-coureur.
Des témoignages qui brisent l’insouciance
Les autorités ignorent encore s’il s’agit d’une piqûre ou si la substance a été diffusée par un autre biais. Ces récits, encore partiels et en attente de résultats médicaux, soulignent l’extrême vulnérabilité à laquelle sont confrontées les victimes. Elles racontent, en creux, le déni qu’on s’impose après coup : « Est-ce que j’ai bu ? Est-ce que j’ai été imprudente ? » Comme si la faute pouvait venir de la tenue, du comportement ou du contexte. À Caen, comme ailleurs, ces affaires se répètent et laissent la même impression de vertige : des corps rendus muets, des souvenirs volés, des responsabilités floues. L’enquête est en cours, mais pour ces jeunes femmes, une chose est déjà certaine : la fête a basculé du mauvais côté.