Ce samedi, plusieurs dizaines de jeunes pro-européens sont attendus devant le Parlement de Strasbourg pour dénoncer le retour des contrôles à la frontière allemande. Une mobilisation très symbolique, puisqu’elle coïncide avec les 40 ans de la signature des accords de Schengen. Mais à entendre les slogans du cortège « Don’t touch my Schengen » c’est avant tout une Europe sans frontières qu’ils réclament, sans jamais interroger les causes du durcissement allemand.
Quand l’idéologie remplace le bon sens
Car si l’Allemagne a rétabli ses contrôles, ce n’est pas par caprice politique. Berlin tente de juguler un afflux migratoire incontrôlé, conséquence directe d’années de laxisme européen sur les frontières extérieures. Pourtant, ni Francesce Mainzer, vice-président espagnol des Jeunes Européens Fédéralistes, ni les autres figures militantes présentes n’ont jugé utile de mentionner le rôle de l’immigration dans la crise actuelle. À les entendre, toute fermeture de frontière serait une trahison des « valeurs européennes ».
La manifestation, en marge du European Youth Event, s’inscrit dans une vision utopique d’une Europe sans frontières ni contraintes, où les travailleurs, les biens… et les clandestins circuleraient librement. Une posture déconnectée de la réalité vécue par les habitants de la bande frontalière franco-allemande, qui subissent les embouteillages, les contrôles, mais aussi les effets d’une pression migratoire constante.
Même les maires de Strasbourg et Kehl ont adressé un courrier à Paris et Berlin pour demander l’allègement des contrôles. Aucun mot, là non plus, sur les raisons sécuritaires ou migratoires qui ont conduit à leur réintroduction. Cette cécité volontaire sur les défis posés à l’Europe par l’immigration illégale et la montée des tensions communautaires laisse songeur.
À force de croire que toute barrière est une régression, les militants pro-Schengen oublient que sans frontières claires et contrôlées, il n’y a ni sécurité, ni souveraineté, ni avenir pour une Europe forte.