Les rues pavées résonnent du bruit incessant des valises, les files s’allongent devant les sites emblématiques, et les quartiers historiques se transforment en vitrines pour touristes. Avec 747 millions de visiteurs internationaux en 2024, l’Europe est devenue l’épicentre mondial du surtourisme. Les régions méridionales et occidentales du continent, notamment l’Espagne, l’Italie et la France, concentrent plus de 70 % de ces flux, mettant à rude épreuve les infrastructures, les ressources naturelles et la vie des habitants.
Parmi les principales causes de cette explosion touristique figurent la démocratisation des vols à bas prix, la viralité des destinations sur les réseaux sociaux, la planification facilitée par l’intelligence artificielle et la bonne santé économique des pays émetteurs comme les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon ou encore la Chine. Résultat : les destinations les plus prisées, de Barcelone à Venise, en passant par les îles grecques, sont saturées, et les tensions avec les populations locales se multiplient.
Certaines voix, comme celle de la ministre italienne du Tourisme Daniela Santanchè, refusent de parler de crise. Pour elle, « le tourisme est une opportunité, pas une menace », à condition d’organiser les flux de manière intelligente, notamment grâce aux technologies numériques. Elle plaide pour une billetterie centralisée et anticipée sur les sites majeurs, afin d’éviter les pics de fréquentation.
Mais sur le terrain, les signaux d’alarme se multiplient. En Espagne, les habitants des Baléares et des Canaries dénoncent la pénurie de logements due à la multiplication des locations saisonnières. À Barcelone, certains manifestants ont aspergé les touristes avec des pistolets à eau pour protester contre la perte de leur cadre de vie. En France, le musée du Louvre a dû fermer temporairement après une grève de son personnel dénonçant un afflux de visiteurs devenu ingérable. En Grèce, l’afflux touristique met à mal l’approvisionnement en eau sur les îles les plus visitées.
Face à cette pression croissante, les gouvernements adoptent des mesures de plus en plus strictes. L’Espagne a ordonné à Airbnb de retirer près de 66 000 annonces non conformes et Barcelone a annoncé la suppression progressive de toutes les locations touristiques légales d’ici 2028. La Grèce instaurera dès juillet une taxe sur les croisières, et encourage les visiteurs à explorer des destinations moins fréquentées. À Venise, une taxe d’entrée allant de 5 à 10 euros pour les excursionnistes est désormais en vigueur pendant la haute saison.
Si le tourisme reste un levier économique incontournable pour de nombreux pays européens, la question de sa durabilité devient urgente. Urbanistes et chercheurs alertent sur une « monoculture touristique » qui dénature les villes, chasse les habitants et marginalise les activités économiques traditionnelles. À l’heure où l’été 2025 s’annonce déjà record en fréquentation, l’Europe devra concilier attractivité mondiale et qualité de vie locale.