Le 4 septembre 476, un chef barbare d’origine hérule, Odoacre, dépose le dernier empereur romain d’Occident, un adolescent de quatorze ans connu sous le nom de Romulus Augustule. L’événement, à forte charge symbolique, marque officiellement la disparition d’un empire qui dominait l’Europe et la Méditerranée depuis plus de cinq siècles. Désormais, l’Occident romain cesse d’exister en tant qu’entité politique, ouvrant la voie au Moyen Âge et à l’ère des royaumes barbares.
Le dernier empereur d’Occident
L’année précédente, en 475, le général Oreste, ancien secrétaire d’Attila passé au service de Rome, avait renversé l’empereur Julius Nepos. Plutôt que de se proclamer empereur lui-même, il plaça sur le trône son propre fils, Romulus, un enfant sans expérience, vite surnommé Augustule (« le petit Auguste »). Mais Oreste devait composer avec ses alliés germaniques, en particulier les Hérules commandés par Odoacre, qui réclamaient des terres en Italie en échange de leur fidélité.
Le refus d’Oreste entraîne la rupture. Odoacre, proclamé roi par ses troupes le 23 août 476, écrase l’armée romaine à Pavie, fait exécuter Oreste et marche sur Ravenne, capitale impériale depuis 402. Sans défense, Romulus est contraint d’abdiquer le 4 septembre. Odoacre, respectueux des traditions, renvoie les insignes impériaux à Zénon, empereur d’Orient à Constantinople, signifiant qu’il n’y aurait plus désormais qu’un seul empereur romain, en Orient.
La chute d’un monde
La déposition d’Augustule n’est que l’aboutissement d’un long déclin. Depuis le Ve siècle, l’Empire d’Occident se réduisait à l’Italie et à quelques territoires résiduels, les provinces ayant progressivement été perdues au profit des Wisigoths, des Vandales ou des Francs. Les empereurs se succédaient à un rythme effréné, souvent manipulés par des généraux germaniques comme Ricimer. Les invasions, la crise économique, les guerres civiles et la perte de contrôle sur les provinces avaient affaibli Rome jusqu’à l’extrême.
Avec Odoacre, l’Italie cesse d’être dirigée par un empereur romain et entre dans une nouvelle ère. Reconnu comme patrice par l’empereur d’Orient, il gouverne la péninsule en son nom, tout en affirmant son autorité royale. L’ancien monde romain se fragmente : en Espagne s’installent les Wisigoths, en Afrique les Vandales, et en Gaule les Francs de Clovis étendent leur pouvoir.
Rome et l’héritage impérial
Si la chute de 476 consacre la fin de l’empire d’Occident, elle ne signifie pas l’effacement de Rome. La Ville éternelle, réduite à quelques dizaines de milliers d’habitants, voit son prestige se maintenir grâce à l’Église et à la papauté. Les papes reprennent certains titres impériaux, comme celui de pontifex maximus, et conservent l’organisation administrative romaine (provinces, diocèses). Ils deviennent les nouveaux gardiens de l’universalité romaine, dans un monde désormais dominé par des royaumes chrétiens d’origine barbare.
Quant à l’Empire d’Orient, il poursuit son existence pendant encore près de mille ans, sous le nom d’Empire byzantin. Il tente même, au VIe siècle sous Justinien, de reconquérir l’Italie, l’Afrique et une partie de l’Espagne. Mais le monde avait changé : l’Occident entrait dans une ère médiévale, fruit de la rencontre entre l’héritage romain et les traditions des peuples germaniques.
La date du 4 septembre 476 reste ainsi dans l’Histoire comme un jalon décisif : la fin officielle d’un empire millénaire et le début d’un nouvel âge, où l’Antiquité cède la place au Moyen Âge.