Alors que les discussions pour l’arrivée du service Internet par satellite Starlink en Afrique du Sud avancent, les astronomes du pays tirent la sonnette d’alarme. Ces derniers redoutent que la constellation de satellites en orbite basse, développée par SpaceX d’Elon Musk, perturbe les observations ultra-sensibles du télescope SKA-Mid, l’un des plus puissants radiotélescopes au monde, actuellement en construction dans le désert du Karoo.
« Ce sera comme braquer un projecteur dans les yeux de quelqu’un, nous aveuglant aux faibles signaux radio des corps célestes », a expliqué à Reuters Federico Di Vruno, responsable du spectre au sein de l’Observatoire SKA et coprésident d’un centre de l’Union astronomique internationale dédié à la protection du ciel nocturne. Di Vruno et son équipe pressent les autorités sud-africaines d’intégrer des exigences strictes liées à l’astronomie dans tout futur accord de licence avec Starlink.
Les inquiétudes portent notamment sur les fréquences partagées : les antennes du SKA sud-africain, basé près de Carnarvon dans le Cap Nord, utilisent une bande passante allant de 350 MHz à 15,4 GHz – une plage également exploitée par les satellites de communication. Les astronomes demandent que Starlink réduise l’intensité de ses transmissions dans ces bandes ou qu’il évite temporairement de transmettre à proximité des instruments sensibles.
Ces demandes interviennent dans un contexte politique déjà tendu. Elon Musk a ouvertement critiqué les lois sud-africaines sur l’actionnariat noir (Black Economic Empowerment), qu’il juge dissuasives pour l’investissement étranger. Bien que le gouvernement ait indiqué qu’il envisageait d’adapter certaines règles dans le secteur des télécommunications, il a aussi affirmé ne pas vouloir renoncer aux politiques de transformation économique mises en place depuis la fin de l’apartheid.
La situation complique donc l’arrivée de Starlink dans le pays natal de Musk. L’ajout de conditions techniques liées à la protection de l’astronomie pourrait encore freiner le processus, mais pour les scientifiques, l’enjeu est de taille. Le réseau MeerKAT, précurseur du SKA-Mid et déjà opérationnel, a permis la découverte de dizaines de nouvelles galaxies et d’une radiogalaxie géante, 32 fois plus vaste que la Voie lactée.
L’observatoire SKA milite également pour des accords similaires avec d’autres opérateurs de satellites, dont Amazon et OneWeb, afin de préserver un ciel « calme » dans un contexte d’explosion des lancements commerciaux. Jusqu’à présent, ni l’Autorité sud-africaine des communications ni Starlink n’ont répondu aux sollicitations de Reuters sur ces préoccupations scientifiques.
Alors que la radioastronomie entre dans une nouvelle ère, les astronomes espèrent que les avancées technologiques dans les télécommunications ne viendront pas obscurcir leur vision de l’univers.