Au Moyen-Orient, la guerre se joue aussi depuis l’orbite
Au Moyen-Orient, la guerre se joue aussi depuis l’orbite

Désormais, le front ne commence plus au sol mais à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. Dans l’affrontement qui oppose l’Iran, Israël et les États-Unis, l’imagerie satellite s’impose comme un outil de repérage redoutable, presque une arme à part entière. Israël affirme que les Gardiens de la Révolution exploitaient le satellite russe Khayyam depuis un centre spatial à Téhéran pour « observer Israël » et d’autres pays de la région ; dimanche, l’armée israélienne dit avoir visé ce site, preuve que ces yeux dans le ciel pèsent lourd dans les décisions militaires.

Autre changement, plus silencieux mais capital pour le lecteur : les satellites commerciaux ont ouvert une fenêtre de vérification quand l’accès aux zones de combat reste verrouillé. Rédactions et enquêteurs en sources ouvertes croisent images, géolocalisation et vidéos circulant sur les réseaux pour reconstituer une chronologie, mesurer des destructions, confirmer une frappe à Gaza ou autour d’un site sensible. C’est une enquête au millimètre, avec ses limites (une image ne raconte pas tout) mais aussi une vertu rare en temps de guerre : réduire la place laissée aux récits fabriqués.

Quand la photo devient munition

Le problème, c’est que la diffusion de ces clichés obéit à des règles mouvantes, et parfois à des intérêts nationaux assumés. Une société chinoise, MizarVision, revendique par exemple la mise en ligne d’images montrant des mouvements de l’armée américaine, pendant que des opérateurs américains doivent respecter des conditions de licence imposées par Washington. Planet Labs PBC dit imposer un délai de 96 heures pour les images des pays du Golfe, contre quelques heures d’ordinaire, au nom du risque d’utilisation par l’Iran et de la sécurité de civils et de personnels alliés ; Vantor, fournisseur prisé des médias, explique exclure systématiquement les vues de bases américaines ou de leurs alliés. Autrement dit : voir, oui mais pas toujours, pas partout, pas tout de suite.

Et puis il y a l’autre bataille, celle des faux qui circulent à la vitesse de la colère. Une image vendue comme un « avant/après » d’un radar américain au Qatar prétendument détruit par un drone iranien a tourné en boucle, relayée jusqu’au Tehran Times ; des incohérences visuelles, comme des véhicules identiques figés au même endroit malgré des bâtiments « modifiés », pointent vers une retouche par intelligence artificielle. La géolocalisation a même replacé la scène à Manama, au Bahreïn, loin du récit initial. Dans cette guerre de pixels, la question n’est plus seulement qui frappe, mais qui montre et qui parvient à convaincre.

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