Dans une petite baraque au bord d’une route rurale de Kiambu, aux portes de Nairobi, Safari Martins installe son client sur une chaise rudimentaire. Autour de lui, pas de tondeuses dernier cri mais une pelle, un fer à repasser, des cisailles agricoles et une clé anglaise. C’est pourtant ici que ce barbier hors norme réalise des coupes devenues virales, sous le regard attentif d’un smartphone qui filme chaque geste.
Connu en ligne sous le nom de Chief Safro, Safari Martins manie une pelle au tranchant aiguisé comme une lame. En quelques passages précis sur le crâne de son client, la coupe prend forme, étonnamment nette. Cette signature visuelle lui a permis de rassembler près d’un million d’abonnés sur Instagram et TikTok, faisant de lui l’un des barbiers les plus suivis du Kenya.
Une réussite née des réseaux sociaux
Né au Rwanda et installé à Nairobi, Martins a commencé à couper les cheveux au lycée, en 2018, avec une tondeuse empruntée. Il travaillait alors devant les salles de classe ou dans des dortoirs exigus. Le tournant arrive quelques années plus tard, lorsqu’il remplace la tondeuse classique par des outils improbables et ajoute la vidéo à son activité. Le concept fait mouche et ses vidéos deviennent virales.
Au fil du temps, il enrichit son univers en y intégrant des récits et symboles de la culture africaine. Certains outils, comme un fer à repasser affûté, auraient même été bénis par des anciens de village, affirme-t-il. Cette mise en scène, mêlant tradition et audace, renforce son image et fidélise son public.
Ses clients, eux, viennent autant pour la coupe que pour l’expérience. Être filmé et apparaître sur un compte aussi suivi est une motivation en soi. Ils acceptent aussi de payer plus cher. Jusqu’à 1 500 shillings kenyans, soit environ 12 dollars, quand une coupe classique à Nairobi coûte souvent dix fois moins.
Le succès de Martins s’inscrit dans l’explosion de l’usage des réseaux sociaux au Kenya. En deux ans, le nombre d’utilisateurs est passé d’environ 10,6 millions à plus de 15 millions, selon des données sectorielles. Pour certains, la création de contenu est devenue une source de revenus à part entière.
Mais le barbier se dit frustré. Malgré des millions de vues et un fort engagement, il estime que les barbiers influenceurs restent moins bien rémunérés que d’autres créateurs de contenu, notamment dans le gaming ou le lifestyle, plus attractifs pour les marques. Une reconnaissance encore incomplète pour un métier qui, à coups de pelle affûtée, a su conquérir l’Afrique numérique.