La fin de "60 millions de consommateurs"? L’État acte la disparition de l’Institut national de la consommation. (DR)
La fin de « 60 millions de consommateurs »? L’État acte la disparition de l’Institut national de la consommation. (DR)

Le projet de loi de finances pour 2026, toujours en cours d’adoption, entérine une décision lourde de conséquences pour l’information des consommateurs en France : la liquidation de l’Institut national de la consommation, établissement public à l’origine du magazine 60 millions de consommateurs. L’intégration de cette mesure dans le texte budgétaire marque un tournant pour cet acteur historique de l’expertise indépendante sur les produits et services du quotidien.

Créé en 1966 puis devenu établissement public industriel et commercialen 1990, l’INC joue depuis des décennies un rôle central dans la production d’enquêtes, de tests comparatifs, de travaux de recherche et d’actions d’éducation à la consommation. Il apporte également un soutien technique aux associations de défense des consommateurs, ce qui en fait un maillon structurant du paysage de la protection économique des ménages.

Une atteinte à l’information des consommateurs

La confirmation de la liquidation dans le budget a provoqué une vive réaction syndicale. La CFDT dénonce « une attaque sans précédent contre l’information et la protection des consommateurs ». Selon le syndicat, les salariés de l’INC ont constaté « avec effroi » le maintien de la mesure dans le volet « dépenses » du budget, sur lequel le Premier ministre Sébastien Lecornu a engagé la responsabilité du gouvernement via l’article 49.3.

Pour éviter cette suppression, des élus s’étaient prononcés contre la mesure en commission, et une pétition hostile à la disparition de l’INC a réuni « 120.000 citoyens », selon les organisations mobilisées. Le dossier dépasse ainsi le seul cadre budgétaire et prend une dimension symbolique autour de l’indépendance de l’information économique.

60 emplois menacés et des missions publiques supprimées

La disparition programmée de l’INC entraînerait le licenciement d’environ 60 salariés. Au-delà de l’impact social, le syndicat souligne la fin annoncée de missions considérées comme fondamentales : recherche appliquée à la consommation, actions d’éducation, information du public et aides aux associations de consommateurs. Ces activités, jusqu’ici assurées dans un cadre public, pourraient ne pas être reprises dans leur intégralité.

Le magazine 60 millions de consommateurs, publication emblématique de l’INC, se retrouve au cœur des inquiétudes. En décembre, une centaine de journalistes, d’élus et de scientifiques avaient dénoncé sa « mise à mort » dans une tribune, insistant sur la valeur et la crédibilité de ce titre dans le paysage médiatique français.

L’hypothèse d’une reprise privée du magazine

Du côté du gouvernement, la ligne défendue repose sur une réorganisation du modèle. Bercy a déclaré que « des acteurs privés seront beaucoup plus à même de donner un nouvel élan à ce magazine connu et reconnu des Français », en assurant vouloir que la transition se déroule « dans les meilleures conditions possibles ». Le projet budgétaire prévoit en effet la possibilité d’une cession de l’activité de presse à un acteur privé.

Cette orientation s’appuie sur la situation financière jugée fragile de l’établissement. Les autorités mettent en avant une dégradation progressive des comptes, qui aurait conduit à envisager la liquidation comme solution structurelle plutôt qu’un simple redressement.

Des chiffres financiers au cœur du débat

Le coût de la liquidation de l’INC est évalué à 8 millions d’euros par le gouvernement. De son côté, le SNME CFDT avance un montant de « 11 millions » d’euros. Pour 2024, le déficit de l’institut aurait atteint 719.000 euros pour un chiffre d’affaires de 11,6 millions d’euros, selon Lionel Maugain, délégué du SNME CFDT à l’INC. Le syndicaliste estime néanmoins que l’exercice 2025 devrait être à l’équilibre.

Concernant le magazine, les données disponibles indiquent qu’il comptait environ 80.000 abonnés en 2024, avec 20.000 à 30.000 exemplaires vendus chaque mois en kiosque. Malgré cette base de lecteurs fidèle, ces volumes sont présentés comme insuffisants pour compenser les difficultés structurelles du modèle économique.

Un vote définitif attendu début février

Le calendrier parlementaire prévoit une adoption définitive du budget 2026 au début du mois de février. Si le texte est validé en l’état, la liquidation de l’Institut national de la consommation deviendra effective, ouvrant une nouvelle phase pour 60 millions de consommateurs et redessinant en profondeur le paysage public de l’information dédiée à la consommation en France.

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