L’effondrement d’un glacier en Suisse relance l’alerte sur les dangers du réchauffement climatique
L’effondrement d’un glacier en Suisse relance l’alerte sur les dangers du réchauffement climatique

L’effondrement dramatique d’un flanc de montagne ayant enseveli une grande partie du village suisse de Blatten, dans le Lötschental, met une nouvelle fois en lumière les effets destructeurs du changement climatique sur les glaciers à travers le monde. Cet événement tragique, survenu mercredi, illustre la fragilité croissante des zones de haute montagne alors que la planète se réchauffe.

Selon Martin Truffer, professeur de physique à l’Université d’Alaska Fairbanks, l’instabilité de la paroi rocheuse située au-dessus du glacier de Birch s’est accentuée ces dernières années avec la fonte du pergélisol alpin, entraînant une chute progressive de débris. Si cette couverture a ralenti la fonte du glacier, son poids a paradoxalement déclenché un mouvement accéléré de la glace, précipitant l’évacuation d’environ 300 habitants et de tout le bétail. Truffer, lui-même originaire de Suisse, affirme que les autorités ont agi dès qu’il est apparu que « toute une montagne était sur le point de s’effondrer ».

Ce cas suisse n’est malheureusement pas isolé. De l’Himalaya à l’Antarctique, en passant par les Andes et les Alpes, les scientifiques constatent une recrudescence d’effondrements glaciaires imputables au réchauffement. En 2022, un bloc gigantesque du glacier de la Marmolada, dans les Dolomites italiennes, s’était détaché lors d’une canicule, tuant 11 personnes. En 2016, deux glaciers tibétains s’étaient effondrés à quelques mois d’intervalle, causant plusieurs morts et la perte de bétail.

Les lacs glaciaires, qui se forment au pied des glaciers en recul, représentent également une menace. Leur rupture peut libérer des torrents dévastateurs, comme à Juneau (Alaska), où une inondation récurrente menace la ville chaque été. En avril dernier, une lagune glaciaire débordée a déclenché un glissement de terrain mortel au Pérou.

Pour les experts comme Lonnie Thompson, de l’université d’État de l’Ohio, l’instabilité croissante des glaciers constitue un danger imminent pour des milliers de personnes vivant à proximité. Les conséquences vont bien au-delà du risque d’avalanche ou d’inondation : la fonte des glaciers met en péril l’approvisionnement en eau potable et les ressources agricoles de nombreuses communautés de montagne.

Malheureusement, de nombreux glaciers sont condamnés. La fonte des calottes glaciaires, accélérée par les émissions de gaz à effet de serre, semble irréversible dans bien des cas. Les glaciers alpins ont perdu 50 % de leur superficie depuis 1950, avec une accélération inquiétante ces dernières années. En 2023, la Suisse a vu disparaître 4 % de son volume glaciaire en une seule année, après une perte record de 6 % en 2022.

Une étude publiée jeudi dans Science révèle que même si les températures mondiales se stabilisaient au niveau actuel, 40 % des glaciers de la planète disparaîtraient tout de même. Si la hausse était contenue à 1,5 °C, comme le prévoit l’Accord de Paris, une part significative pourrait être sauvée — mais pas tous. « Il y a des endroits en Alaska où, même sans réchauffement supplémentaire, les glaciers sont condamnés », avertit Truffer. Leur fonte n’est plus qu’une question de temps.

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