Selon une vaste enquête menée à l’échelle du continent, la France figure parmi les pays européens comptant le plus d’élevages industriels, juste derrière l’Espagne. Cette étude, pilotée par le collectif de journalistes Agtivist, révèle l’essor constant de ces « fermes usines », en se basant sur des données officielles croisées avec des images satellites. En 2023, plus de 24 000 sites d’élevage industriel de porcs et de volailles étaient en activité en Europe.
Une tendance en forte progression sur tout le continent
En tête du classement européen, l’Espagne totalise 3 963 élevages intensifs, suivie par la France avec 3 075 sites, puis l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Italie. Ces exploitations sont définies selon les seuils réglementaires en vigueur avant la révision de la directive européenne sur les émissions industrielles (IED) : plus de 40 000 volailles, 2 000 porcs ou 750 truies. L’étude souligne également que près de 3 000 nouvelles fermes industrielles ont vu le jour en dix ans, alors même que les petites exploitations traditionnelles disparaissent peu à peu. En France, Greenpeace avait déjà dressé une cartographie similaire en 2023, concluant à une concentration massive des élevages intensifs, notamment en Bretagne, où se situe près de la moitié des mégafermes françaises.
Entre pression environnementale et défense de la compétitivité
Les impacts de ces élevages sur l’environnement sont bien connus : pollution des eaux, émissions de gaz à effet de serre, dégradation des sols, perte de biodiversité. Malgré cela, les interprofessions françaises du porc et de la volaille défendent des exploitations présentées comme « familiales », dépassant les seuils européens mais employant souvent moins de cinq salariés. Elles plaident pour un relèvement des seuils réglementaires nationaux afin de les rendre plus compatibles avec les réalités économiques. Dans ce sens, la loi Duplomb, portée par la majorité et très critiquée par les écologistes, prévoit de faire évoluer ces limites à 85 000 poulets, 60 000 poules pondeuses et 3 000 porcs charcutiers. Le texte, examiné prochainement en commission mixte paritaire, suscite de vives tensions après avoir échappé au débat parlementaire. Derrière les chiffres, le modèle agricole français se trouve à la croisée des chemins, entre impératifs de rentabilité, revendications écologiques et demandes croissantes de transparence sur les modes de production.