Des « neugâtes » et des « boulaites »: la riposte des végés face aux lobbies de la viande
Des « neugâtes » et des « boulaites »: la riposte des végés face aux lobbies de la viande

Rebaptiser des nuggets végétaux en « neugâtes », des boulettes en « boulaites », ou des steaks en « sphères aplaties » : c’est la parade trouvée par l’industrie végétale pour résister à l’interdiction d’utiliser les termes liés à la viande. Une bataille sémantique devenue emblème d’un conflit bien plus large entre les défenseurs du modèle carné traditionnel et les marques à base de protéines végétales. En France, les géants de la viande ont mobilisé leur influence pour faire interdire des mots comme « lardons », « saucisses » ou « cordons bleus » aux produits sans protéines animales. Une stratégie appuyée dès 2019 par certains parlementaires, et concrétisée par un décret en 2022 interdisant plus de 300 dénominations aux alternatives végétales. En dépit de leur poids réduit dans les ventes (environ 2 % des rayons viande et charcuterie), ces nouveaux acteurs inquiètent les producteurs traditionnels, qui redoutent une perte de parts de marché.

Humour et recours juridiques pour résister

Face à cette pression, les jeunes marques comme La Vie, HappyVore ou Accro ont choisi de répliquer sur deux fronts : d’une part en attaquant le décret devant le Conseil d’État, d’autre part en s’emparant des réseaux sociaux pour tourner l’interdiction en dérision. Ce détournement lexical, entre autodérision et marketing, leur a permis de maintenir leur visibilité tout en dénonçant ce qu’ils jugent être une forme de censure commerciale. Finalement, la plus haute juridiction administrative a tranché : la France ne peut interdire, à elle seule, l’usage de dénominations traditionnellement utilisées pour des produits carnés lorsqu’il s’agit de denrées contenant des protéines végétales. Un rappel au droit européen qui coupe court à la croisade lexicale des filières animales, tout en marquant une victoire symbolique pour les alternatives végétales.

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