Pointée du doigt par l’écologiste Pierre Rigaux pour son impact environnemental, la filière comté sort du silence. Accusée d’aggraver la pression sur les ressources naturelles, elle dénonce une polémique injustifiée et réaffirme ses engagements en matière de durabilité. Son président, Alain Mathieu, monte au front. « Ces attaques sont gratuites et illégitimes », déclare-t-il. Selon lui, les critiques oublient que le comté s’est déjà engagé dans une transition agricole ambitieuse. « Notre nouveau cahier des charges va bien au-delà des exigences réglementaires : plus de surface pour chaque vache, limitation de la taille des fermes, baisse des intrants… C’est du concret », insiste le président du Comité interprofessionnel du comté (CIGC).
Des pratiques encadrées et en évolution
Les mesures évoquées sont précises : 30 % de surface supplémentaire par vache, maximum 50 vaches par producteur, réduction de 20 % de la fertilisation azotée — soit 100 unités d’azote à l’hectare, bien en dessous des 170 unités autorisées par la directive nitrate. À cela s’ajoute une règle climatique originale : l’épandage est interdit avant que la somme des températures moyennes journalières n’atteigne 200 degrés cumulés depuis le 1er janvier. « C’est une mesure de bon sens pour nourrir les plantes au bon moment », affirme Alain Mathieu. Concernant l’évolution de la production, le président reconnaît son doublement depuis les années 90, mais conteste tout lien avec une intensification : « Cette hausse s’est faite par l’intégration de producteurs qui, jusque-là, ne parvenaient plus à vivre de la vente de lait conventionnel. Le comté leur a permis de s’en sortir. Et ça, c’est une réussite collective. »
« L’herbe piège le carbone, pas les polémiques »
Sur le fond, Alain Mathieu rappelle que les prairies permanentes, entretenues par les vaches, sont un outil de stockage de carbone et de préservation des paysages ouverts. « Nos ruminants sont aussi un rempart contre le réchauffement climatique », martèle-t-il. La filière rejette aussi l’idée qu’elle viserait à nourrir la planète : 90 % du comté est consommé en France, les 10 % restants étant essentiellement vendus en Europe. Autre argument avancé : le nombre de bovins est en baisse depuis les années 80, contredisant l’image d’une filière en expansion débridée. « Oui, nous produisons plus de comté, mais avec moins d’animaux et des pratiques mieux encadrées », souligne le président. Dans ce climat de critiques, la filière dit avoir reçu de nombreux messages de soutien. « Ils nous encouragent à continuer. Le comté, c’est 700 ans d’histoire, et une volonté claire de s’adapter à notre époque », conclut Alain Mathieu.