Emmanuel Macron s’est adressé aux Français ce dimanche 18 octobre à 20 heures, au lendemain des violences qui ont secoué plusieurs villes du pays. Dans une allocution solennelle, le président de la République a mis en cause des groupes d’extrême gauche et des délinquants, annoncé un renforcement des mesures de sécurité et promis une réponse judiciaire exemplaire. Tout en reconnaissant la légitimité des revendications sur le pouvoir d’achat et les difficultés de la jeunesse, il a demandé au gouvernement d’engager un dialogue national. À six mois de l’élection présidentielle, le chef de l’État a également mis en garde les responsables politiques qui chercheraient, selon lui, à instrumentaliser les troubles pour peser sur le scrutin de 2027.
Au lendemain d’une journée marquée par des incendies, des pillages et des affrontements avec les forces de l’ordre, Emmanuel Macron a choisi de s’adresser directement à la Nation. Le président a commencé par exprimer son soutien aux policiers, aux gendarmes et aux services de sécurité intérieure, saluant leur professionnalisme face à une violence qu’il a qualifiée d’« inouïe ». Il a également adressé un message aux élus locaux, aux commerçants, aux artisans et aux entrepreneurs touchés par les dégradations, dont certains ont été contraints de défendre eux-mêmes leurs établissements.
Le chef de l’État a annoncé que Sébastien Lecornu présiderait dès lundi une cellule de crise destinée à mobiliser rapidement les aides nécessaires aux victimes des violences. L’objectif est notamment de permettre aux commerçants et aux entreprises de faire face aux conséquences financières des destructions. Emmanuel Macron a assuré que les personnes concernées ne seraient pas abandonnées par les pouvoirs publics.
« Ceux qui ont détruit doivent payer. Ceux qui ont pillé doivent rembourser »
Sur le plan sécuritaire, le président de la République a demandé au gouvernement de tirer toutes les conséquences des événements du 17 octobre, notamment concernant le renseignement, l’anticipation et les dispositifs de maintien de l’ordre. Il attend du ministre de l’Intérieur des réponses précises sur les difficultés rencontrées par les forces de sécurité et promet une transparence complète sur les circonstances des violences.
Emmanuel Macron a également insisté sur la nécessité d’une réponse judiciaire ferme. Il a annoncé que le garde des Sceaux avait demandé la plus grande fermeté dans le traitement des procédures et que les enquêtes devaient être conduites rapidement. « Ceux qui ont détruit doivent payer. Ceux qui ont pillé doivent rembourser. Ceux qui ont cherché à faire tomber la République auront à en répondre », a-t-il déclaré, promettant un suivi judiciaire exemplaire.
Le chef de l’État a surtout annoncé que les préfets pourraient, en concertation avec les maires, prendre des mesures renforcées pour protéger les villes, les bâtiments publics et les commerces. Ces décisions pourront aller jusqu’à l’interdiction de certains rassemblements lorsque les circonstances le justifieront. Il ne s’agit pas d’une interdiction générale de manifester, mais de restrictions ciblées décidées localement par les autorités compétentes.
Macron reconnaît la colère sur le pouvoir d’achat et annonce un déplacement dans le Golfe
Le président a toutefois tenu à distinguer les auteurs de violences des centaines de milliers de Français ayant manifesté pacifiquement. « Jamais nous ne devons confondre ces derniers avec ceux qui ont détruit, cassé, pillé », a-t-il insisté, reconnaissant la légitimité des inquiétudes exprimées sur le coût de la vie et la hausse des prix des carburants.
Emmanuel Macron a directement relié cette augmentation des prix aux conséquences du conflit dans le golfe Persique, auquel la France n’a pas participé. Il a rappelé les initiatives diplomatiques et économiques déjà engagées pour sécuriser les approvisionnements énergétiques et agir sur les marchés internationaux. Le président a annoncé qu’il se rendrait dès lundi dans plusieurs pays du Golfe afin de poursuivre les discussions sur les livraisons de pétrole et de gaz.
Le chef de l’État a également évoqué les négociations conduites par le gouvernement avec les distributeurs de carburants pour obtenir une répercussion concrète des efforts engagés sur les prix à la pompe. Il reconnaît que les Français attendent désormais des résultats tangibles et assure que l’exécutif poursuivra ses interventions pour limiter les conséquences de la crise énergétique sur le pouvoir d’achat.
Plus de 100 000 contributions de jeunes et une concertation nationale annoncée
Autre volet important de l’allocution : la crise lycéenne et universitaire. Emmanuel Macron a reconnu une « angoisse profonde » parmi les jeunes Français, évoquant leurs inquiétudes concernant les études, l’orientation professionnelle, les conditions de vie et les perspectives d’avenir. Il a estimé que cette génération exprimait parfois le sentiment de ne plus disposer d’un « futur désirable ».
Le président a rappelé que le ministre de l’Éducation nationale avait engagé plusieurs consultations et mis en place une plateforme ayant recueilli plus de 100 000 contributions. Ces propositions doivent désormais alimenter un travail destiné à apporter des réponses aux revendications des lycéens et des étudiants.
Emmanuel Macron a annoncé l’organisation, dès cette semaine, d’une concertation associant élèves, étudiants, enseignants, organisations patronales et syndicales, collectivités territoriales et parlementaires. Sébastien Lecornu sera chargé de réunir ces différents acteurs dans les prochains jours afin de faire émerger des propositions concrètes.
Le chef de l’État a également demandé à l’ensemble des partis politiques et des organisations syndicales de condamner publiquement et sans ambiguïté les violences. Le Premier ministre devra réunir leurs représentants afin d’obtenir des positions claires sur la nécessité de préserver le calme et l’ordre républicain.
« Nous sommes à six mois de l’élection présidentielle » : Macron met en garde contre ceux qui veulent « voler le débat »
La dernière partie de l’allocution a pris une dimension particulièrement politique. Emmanuel Macron a rappelé que l’élection présidentielle de 2027 se tiendrait dans six mois et a accusé certains responsables d’encourager le désordre pour peser sur cette échéance.
« Tous ceux qui aujourd’hui vous expliquent que l’urgence est d’aller dans la rue, de manifester, de créer le désordre n’ont qu’un but : abîmer la République et voler le débat », a-t-il lancé. Le président n’a pas explicitement nommé de formation politique dans ce passage, mais ses propos interviennent dans un contexte d’affrontements répétés entre le gouvernement et La France insoumise sur la responsabilité des violences.
Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de préserver les conditions d’un débat démocratique à l’approche de la présidentielle. Selon lui, les confrontations politiques doivent avoir lieu dans les réunions publiques, les médias, les rassemblements pacifiques et les discussions entre formations politiques, et non par la violence dans la rue.
« Notre pays mérite une nouvelle élection présidentielle dans six mois », a-t-il affirmé, appelant les responsables politiques à faire preuve de retenue et de responsabilité. Il a également rappelé que les citoyens devront pouvoir choisir librement les orientations futures du pays sans que les violences viennent perturber le débat électoral.
En conclusion, Emmanuel Macron a résumé sa ligne en deux exigences : répondre aux inquiétudes sociales tout en refusant toute impunité pour les auteurs de violences. « Oui au dialogue, oui à la réponse concrète de court terme et à la préparation des décisions futures, mais non toujours à la violence quelle qu’elle soit », a-t-il déclaré.
Avec cette allocution, le président de la République fixe trois priorités immédiates : renforcer la protection des villes et des commerces, accélérer les réponses judiciaires et ouvrir une concertation nationale sur les difficultés sociales et celles de la jeunesse. Les premières suites concrètes sont attendues dès lundi, avec la cellule de crise présidée par Sébastien Lecornu et le déplacement d’Emmanuel Macron dans les pays du Golfe.

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