Alors qu’un voile de fumée a recouvert Washington vendredi, Donald Trump a tenu le Canada pour responsable de la dégradation de la qualité de l’air dans plusieurs grandes villes américaines, brandissant la menace de nouveaux tarifs douaniers.
Le Capitole baignait dans une brume épaisse vendredi matin. Des incendies actifs dans le nord de l’Ontario ont projeté leur fumée jusqu’aux côtes est des États-Unis, frappant Chicago, New York et Washington, où les autorités ont conseillé à des millions d’habitants de rester confinés chez eux.
Donald Trump n’a pas tardé à désigner un coupable. Sur son réseau Truth Social, le président américain a écrit que les États-Unis étaient « inutilement envahis par un air sale, pollué et malsain, dont la qualité est dangereuse et totalement inacceptable », imputant la situation à l’absence de gestion forestière du côté canadien. Il a ajouté vouloir appeler le Premier ministre Mark Carney dans la journée pour lui demander ce que son gouvernement comptait faire, précisant que le coût de cette pollution « doit nécessairement s’ajouter aux tarifs que le Canada paie actuellement ».
L’administrateur de l’EPA, Lee Zeldin, a abondé dans le même sens, affirmant que si le Canada ne modifiait pas son approche face aux incendies, « cela continuera à se produire à l’avenir ». Vendredi matin, plusieurs villes aussi loin au sud que Washington affichaient un indice de qualité de l’air « violet », soit « très malsain » selon l’outil de surveillance de l’agence fédérale.
Du côté républicain au Congrès, les initiatives punitives se multiplient. Le sénateur Bernie Moreno (Ohio) a annoncé le dépôt prochain d’un projet de loi visant à sanctionner le Canada et certains responsables gouvernementaux canadiens. Le texte prévoirait également des restrictions de visas. Quatre élus républicains du Michigan avaient auparavant adressé une lettre à Mark Carney, lui reprochant un « sous-investissement chronique » dans l’éclaircie des forêts et la réduction des combustibles. L’un d’eux, le représentant Tom Barrett, a même évoqué la possibilité de retarder l’ouverture du nouveau pont Gordie Howe jusqu’à ce que le Canada « prenne ses responsabilités ».
Ottawa a répondu en rappelant la coopération historique entre les deux pays. La ministre canadienne de la Gestion des urgences, Eleanor Olszewski, a souligné que le Canada avait investi 12 milliards de dollars depuis 2020 dans la durabilité des forêts et la prévention des incendies. Elle a rappelé que des pompiers et des équipements canadiens avaient été envoyés l’an dernier pour aider à combattre les incendies de Los Angeles. L’ambassadeur américain au Canada, Pete Hoekstra, avait lui-même salué mercredi « une coopération remarquable » entre les deux gouvernements, qui partagent des informations en temps réel.
Près de 900 incendies brûlent actuellement au Canada, et plus de 150 aux États-Unis, dont 15 dans le seul Michigan. Les particules fines transportées par la fumée présentent des risques graves pour la santé, notamment pour les personnes âgées, les enfants et ceux souffrant de maladies chroniques. Laura Kate Bender, responsable des politiques publiques à l’American Lung Association, rappelle que même une exposition chronique à de faibles niveaux de pollution particulaire contribue à des décès prématurés, des problèmes cardiaques et pulmonaires.
Les scientifiques du climat, eux, pointent une autre cause. Daniel Swain, climatologue à l’Institut californien des ressources en eau, explique que les incendies actuels résultent directement d’une vague de chaleur record qui « a asséché les forêts et favorisé les orages et les éclairs ». Le 13 juillet, jour où les principaux foyers d’Ontario et du Minnesota se sont déclarés, les températures dans la province canadienne dépassaient de 14 degrés Celsius la moyenne saisonnière. Shel Winkley, météorologue en chef à Climate Central, estime que ces températures « seraient pratiquement impossibles sans l’influence du changement climatique ».
Aux États-Unis, la surface brûlée par les incendies depuis le début de l’année dépasse déjà 14 860 kilomètres carrés, soit 31 % de plus que la moyenne des dix années précédentes à la même date, selon le Centre national interagences de lutte contre les incendies.
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