Starlink - quand Elon Musk menace d’éclipser les opérateurs mobiles @james duncan
Starlink - quand Elon Musk menace d’éclipser les opérateurs mobiles @james duncan

En rachetant pour 17 milliards de dollars de fréquences aux États-Unis, SpaceX a envoyé un signal clair aux géants des télécoms. Loin de se cantonner à son rôle de fournisseur d’accès Internet fixe via satellites, la constellation Starlink vise désormais le mobile. Officiellement, l’opération doit renforcer le service « direct to cell » (connexion directe au smartphone sans passer par les réseaux terrestres) et répondre à l’ambition affichée : éliminer les zones blanches. Officieusement, elle ouvre la porte à une confrontation directe avec les opérateurs historiques.

La tentation de l’autonomie

Jusqu’à présent, Starlink dépendait de partenariats avec les opérateurs traditionnels, qui lui prêtaient leurs fréquences pour offrir des services limités (SMS d’urgence, accès restreint à Internet). Mais en mettant la main sur son propre spectre, Elon Musk s’émancipe de cette dépendance. Une note interne d’un opérateur français, citée par Le Monde, le souligne : Starlink n’a plus l’intention de se limiter aux accords de coopération. Si, pour l’heure, seuls les États-Unis sont concernés, les grands groupes américains de la téléphonie ont immédiatement réagi. Le 8 septembre, les actions d’AT&T, Verizon et T-Mobile ont plongé de près de 2 à 4 %, signe de la nervosité ambiante.

Une révolution encore incomplète

Reste que la technologie satellitaire n’a pas encore les épaules pour rivaliser pleinement avec la 4G et la 5G terrestres. La capacité des satellites limite les débits dans les zones densément peuplées, la qualité de connexion chute dès que le ciel est couvert, et l’usage à l’intérieur des bâtiments demeure problématique. Des analystes comme Stéphane Beyazian (Oddo BHF) ou des acteurs du secteur comme SFR rappellent que l’expérience utilisateur reste l’angle mort de cette promesse. Pourtant, la dynamique est enclenchée. Avec plus de 6 millions d’abonnés dans une centaine de pays, Starlink ne cesse de grignoter du terrain. Et le marché du « direct to cell » s’annonce colossal : évalué à 404 millions de dollars en 2025, il pourrait peser plus de 10 milliards à l’horizon 2033. Derrière Musk, d’autres acteurs comme AST SpaceMobile ou Globalstar (allié à Apple pour une solution de SMS d’urgence) se positionnent déjà. Les opérateurs mobiles, longtemps intouchables, voient poindre une concurrence qui ne vient plus du sol, mais du ciel.

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