Des dizaines de milliers de personnes ont fui ces dernières semaines une région montagneuse reculée du nord-ouest du Pakistan, après que des annonces diffusées depuis des mosquées ont exhorté les habitants à évacuer avant une possible intervention militaire contre des groupes islamistes, selon des témoignages recueillis par Reuters.
Les habitants de la vallée de Tirah, située dans la province du Khyber Pakhtunkhwa, à la frontière avec l’Afghanistan, ont quitté leurs villages pour rejoindre des villes voisines comme Bara, malgré d’importantes chutes de neige et des températures hivernales rigoureuses. Beaucoup affirment être partis par crainte d’affrontements imminents.
« Des annonces ont été faites dans la mosquée pour que tout le monde parte. Alors nous sommes partis aussi », a déclaré Gul Afridi, commerçant réfugié avec sa famille à Bara.
Des responsables locaux, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont indiqué que des milliers de familles se sont déplacées et sont actuellement enregistrées afin de recevoir une aide humanitaire. Les centres d’accueil sont saturés et les procédures jugées lentes par les déplacés.
Zone sensible sur le plan sécuritaire, la vallée de Tirah est depuis longtemps considérée comme un bastion du Tehrik-e-Taliban Pakistan, responsable de nombreuses attaques contre les forces de sécurité pakistanaises.
Le gouvernement pakistanais a toutefois nié toute opération militaire d’envergure. Mardi, le ministre de la Défense Khawaja Muhammad Asif a affirmé qu’aucune offensive n’était planifiée à Tirah, qualifiant ces déplacements de migrations saisonnières liées à l’hiver.
Une source militaire, proche du dossier, a néanmoins indiqué que les civils avaient été encouragés à quitter temporairement la zone afin de limiter les risques, tandis que des « opérations ciblées fondées sur le renseignement » seraient en cours contre des militants opérant au milieu de la population. Selon cette source, aucune offensive de grande ampleur n’est envisagée en raison du terrain escarpé et des conditions climatiques.
Le ministre en chef du Khyber Pakhtunkhwa, Sohail Afridi, a de son côté dénoncé un manque de consultation des autorités provinciales, affirmant que les familles n’avaient pas quitté leurs villages volontairement.
Les habitants réfutent largement l’argument du froid. « Personne n’est parti à cause de l’hiver. Il neige ici chaque année », a expliqué Abdur Rahim, un autre déplacé. « Les gens sont partis à cause des annonces. »
Plusieurs familles ont décrit un périple éprouvant à travers des routes bloquées par la neige, avec des pénuries alimentaires et des risques pour les enfants et les personnes âgées. Certains déplacés affirment que des enfants sont morts durant la fuite.
La situation humanitaire reste incertaine, alors que les autorités n’ont pas précisé combien de temps ces déplacements pourraient durer ni quelles mesures d’assistance supplémentaires seraient mises en place.