Les entreprises Neuralink, Synchron et Neuracle s’efforcent d’élargir leurs essais cliniques dans le but de commercialiser les premières interfaces cerveau-ordinateur implantées (BCI), selon Antonio Regalado, rédacteur en chef de la section sciences biomédicales du MIT Technology Review.
Une nouvelle frontière de l’interaction homme-machine
Si les technologies comme les lunettes Google, la montre Apple ou l’assistant vocal Alexa ont révolutionné la manière dont nous interagissons avec nos appareils, une technologie bien plus audacieuse est actuellement testée par moins d’une centaine de personnes : les interfaces cerveau-ordinateur implantées (BCI).
Ces dispositifs permettent à des personnes paralysées de contrôler un ordinateur par la pensée, en traduisant les signaux neuronaux en commandes numériques.
Une avancée vers les applications concrètes
Aujourd’hui, environ 25 essais cliniques testent ces implants. Trois entreprises mènent la course :
Neuralink, soutenue par Elon Musk,
Synchron, basée à New York,
Neuracle Neuroscience, une entreprise chinoise.
Leur objectif : faire approuver et commercialiser la première BCI implantée.
Des implants au cœur du cerveau… ou dans ses vaisseaux
Chacune de ces entreprises adopte une approche différente :
Synchron utilise une endoprothèse (stentrode) insérée dans un vaisseau sanguin du cerveau via le cou. Ce système, testé sur 10 volontaires (6 aux États-Unis, 4 en Australie), capte des signaux neuronaux limités, suffisants pour des actions simples comme sélectionner un message ou naviguer dans des menus.
Neuralink implante une puce nommée N1, avec des fils ultra-fins d’électrodes directement insérés dans le cerveau à travers un trou dans le crâne. Le premier volontaire, Noland Arbaugh, a démontré qu’il pouvait contrôler un curseur, jouer à des jeux comme Civilization ou aux échecs en ligne.
Neuracle affirme mener des essais en Chine et aux États-Unis. Sa technologie repose sur une plaque d’électrodes placée au-dessus du cerveau. Un patient a réussi à refermer la main par stimulation directe de ses muscles via les électrodes. Mais les détails restent flous.
Des questions encore ouvertes
Bien que les démonstrations soient impressionnantes, des obstacles persistent :
Quelle est la durée de vie d’un implant ?
Quel niveau de contrôle peut-on offrir aux patients ?
Ces systèmes sont-ils sûrs et évolutifs à grande échelle ?
La chercheuse Michelle Patrick Krugger, qui a analysé les essais depuis 26 ans avec l’ingénieur José Luis Contreras-Vidal, a recensé 71 patients ayant pu contrôler un ordinateur via des implants neuronaux depuis 1998.
Elle souligne un tournant dans le domaine grâce à des investissements privés massifs et un regain d’intérêt technologique. Cependant, un quart des implants recensés n’ont jamais été documentés dans la littérature scientifique.
Vers une révolution ou un simple effet de mode ?
D’ici 5 à 10 ans, ces interfaces pourraient soit révolutionner le quotidien des personnes paralysées, soit rester confinées aux laboratoires. Krugger reste confiante :
« J’ai le sentiment qu’une avancée majeure va se produire. »