Uruguay : le scandale des « vaches fantômes » secoue le pays et fait disparaître 350 millions de dollars
Uruguay : le scandale des « vaches fantômes » secoue le pays et fait disparaître 350 millions de dollars

ARTIGAS, 17 mai 2025 – L’Uruguay, pays modèle en matière de traçabilité bovine, se retrouve plongé dans un vaste scandale financier mêlant fraude, disparition massive de bétail et pertes estimées à 350 millions de dollars. Des milliers d’investisseurs, comme Sandra Palleiro, comptable à la retraite, sont aujourd’hui dans l’incapacité de localiser les vaches qu’ils pensaient avoir acquises dans le cadre de programmes d’investissement très populaires.

Palleiro avait investi plus de 50 000 dollars dans une entreprise promettant des rendements fixes grâce à l’élevage de bovins. Comme d’autres, elle s’appuyait sur un registre national du bétail réputé pour sa rigueur. Pourtant, lorsqu’elle s’est rendue dans le nord du pays pour vérifier l’existence de ses 61 vaches, elle n’a pu en retrouver aucune. Le registre indiquait pourtant leur présence sur le site. Son cas illustre ce qui est désormais qualifié de plus grand scandale financier de l’histoire du pays.

Trois entreprises – Conexión Ganadera, República Ganadera et Grupo Larrarte – sont au cœur de l’affaire. Ensemble, elles auraient attiré près de 6 000 investisseurs avec des promesses de profits et des garanties officielles. Un inventaire judiciaire de Conexión Ganadera a révélé qu’à peine 70 000 des plus de 800 000 vaches annoncées existaient réellement. Certaines sociétés auraient falsifié les registres, apposé de fausses étiquettes ou revendu illégalement du bétail.

Le scandale a éclaté en novembre dernier après le décès suspect de Gustavo Basso, copropriétaire de Conexión Ganadera, dans un accident de voiture à haute vitesse. Peu après, les premières plaintes pour défaut de paiement sont apparues. L’entreprise a ensuite reconnu un trou de 250 millions de dollars. Plusieurs dirigeants, dont Pablo Carrasco et la veuve de Basso, font l’objet de poursuites judiciaires pour fraude et détournement de fonds.

Le système de suivi du bétail uruguayen, longtemps considéré comme une référence internationale, est aujourd’hui mis en cause. Les avocats des victimes pointent un défaut de contrôle sur les données saisies dans le registre, qui repose sur les déclarations des entreprises elles-mêmes. Le ministère de l’Agriculture n’a pour l’instant pas répondu aux accusations.

Dans un pays où le nombre de vaches dépasse celui des habitants, le scandale a pris une dimension nationale. Des investisseurs de tous horizons – retraités, religieux, journalistes – réclament justice. « Peut-être que ces vaches n’ont jamais existé », lâche Sandra Palleiro, encore incrédule. Comme elle, des milliers d’Uruguayens tentent de retrouver leurs économies… et leurs bêtes.

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