Annoncée comme une révolution, la stratégie 100 % électrique de Stellantis semble déjà battre en retraite. Le groupe automobile franco-italo-américain révise discrètement ses ambitions. L’électrique à tout prix ? Ce ne sera pas pour tout de suite. Derrière ce revirement, une réalité de marché qui s’impose avec brutalité. Les ventes stagnent, les clients doutent, les coûts explosent. Résultat : la plateforme STLA Small, censée incarner l’avenir électrique des citadines du groupe (Peugeot 208, Citroën C3…), intégrera finalement des motorisations hybrides. Une demi-marche arrière qui tranche avec les discours volontaristes d’hier.
L’électrique fragilise, l’hybride rassure
Le symbole est clair. L’usine de Metz, pivot stratégique de la production de moteurs électriques, devait produire 800 000 unités cette année. Elle n’en sortira que 450 000. Le marché ne suit pas, et Stellantis ajuste. La direction parle aujourd’hui d’un mix énergétique plus souple, intégrant toutes les motorisations : essence, hybride, électrique, voire diesel. L’objectif initial — 100 % électrique en Europe d’ici 2030 — serait désormais écarté, selon Les Échos. En face, Renault creuse l’écart. Sa plateforme dédiée à l’électrique, pensée dès l’origine pour ce type de motorisation, optimise chaque détail. Résultat : le Scénic E-Tech dépasse son rival 3008 électrique en autonomie, performances et efficacité. Stellantis, avec ses plateformes multi-énergies, doit faire des compromis techniques qui affaiblissent la compétitivité de ses modèles zéro émission. Carlos Tavares, le patron qui incarnait la stratégie offensive sur l’électrique, n’est plus là. Son départ laisse un vide que la nouvelle gouvernance comble par la prudence. Le conseil d’administration, confronté aux nouvelles taxes américaines, à l’inflation des matières premières et au ralentissement des immatriculations, choisit la modération.
En ralentissant, Stellantis prend le risque du déclassement
Ce recul stratégique impacte toute la chaîne industrielle. Les fournisseurs, qui avaient investi dans les promesses de volumes électriques, se retrouvent avec des lignes sous-exploitées. Les centres de R&D doivent revoir leurs feuilles de route. Et les consommateurs ? Ils continueront à acheter des Peugeot ou des Jeep hybrides. De quoi rassurer les réfractaires à l’électrique pur, mais une déception pour ceux qui attendaient un virage net. Pendant ce temps, les constructeurs chinois foncent. BYD, MG, et d’autres prennent pied en Europe avec des modèles abordables, bien équipés et conçus pour l’électrique natif. Renault, Volkswagen, BMW ou Mercedes misent eux aussi sur des plateformes spécifiques, convaincus que l’avance technologique ne se construit pas à reculons. L’Europe, elle, ne bouge pas : la fin du thermique est fixée à 2035. L’échéance se rapproche. Stellantis espère gagner du temps en ralentissant. Mais dans une course technologique, celui qui lève le pied risque surtout d’être distancé.