Le temps des toasts festifs semble suspendu pour Pernod Ricard. Le géant français des spiritueux encaisse un sérieux revers : un recul de 5 % de son chiffre d’affaires en neuf mois, plombé par une chute brutale des ventes de Martell en Chine, son fleuron dans le cognac. À elle seule, cette dégringolade de 22 % sur le marché chinois pèse 90 % de la baisse globale du groupe. Un chiffre vertigineux qui résume la fragilité d’un empire pourtant habitué à la croissance. L’impact est immédiat : le titre boursier, qui culminait à 218 euros en 2023, s’est effondré sous la barre des 90 euros à la mi-avril. Un crash sévère pour le numéro deux mondial du secteur, qui maintient pourtant une marge opérationnelle confortable de 32 % et un portefeuille de marques prestigieux allant de Jameson à Absolut, en passant par Perrier-Jouët. Une diversité qui amortit le choc sans pouvoir l’effacer.
Le cognac pris dans une tempête chinoise
Derrière la chute de Martell se cache une série de facteurs lourds. En Chine, la suspension du duty-free pour les alcools dans les aéroports a asséché une partie des ventes. Plus inquiétant encore : les mesures antidumping imposées par Pékin dans un contexte de tensions commerciales avec l’Union européenne. À cela s’ajoute un climat géopolitique incertain, des perturbations de production en Inde, et un calendrier de Pâques décalé. Un cocktail amer pour un groupe dont les deux moteurs — la Chine et les États-Unis — s’essoufflent simultanément. Le troisième trimestre de l’exercice décalé 2024-2025 confirme la tendance : -3 % de chiffre d’affaires, à 2,3 milliards d’euros.
Des objectifs revus à la baisse
Le groupe parle de résilience, mais revoit prudemment ses ambitions à la baisse, misant désormais sur une simple stabilisation de sa marge opérationnelle, rendue possible par des mesures d’efficacité interne. Dans cet environnement mouvant, Pernod Ricard tente de rassurer. Il évoque un repli « limité à quelques points de pourcentage » d’ici la fin de l’année. Mais entre guerre des taxes, durcissement réglementaire et désamour chinois pour le cognac, la fête est clairement terminée. Reste à savoir si le réveil sera aussi long que la gueule de bois.