Duralex, la célèbre verrerie française de La Chapelle-Saint-Mesmin, connue pour ses verres trempés emblématiques des cantines scolaires, affiche des signes concrets de reprise économique moins d’un an après sa transformation en coopérative. Grâce à une stratégie modernisée, des embauches ciblées et une communication orientée vers le vintage, Duralex espère retrouver sa place dans les foyers français et à l’international.
Une reprise sous le signe de la résilience
Dix mois après sa reprise en main par ses salariés à la suite d’importantes difficultés financières, l’entreprise Duralex, fondée en 1945, semble doucement sortir la tête de l’eau. Cette entreprise patrimoniale, placée en redressement judiciaire en 2022, avait été reprise début juillet 2024 sous la forme d’une SCOP (Société coopérative et participative), une structure dans laquelle les salariés sont actionnaires majoritaires. Une décision audacieuse mais désormais jugée « encourageante » selon les conclusions d’un comité de suivi tenu la semaine dernière au tribunal de commerce d’Orléans.
Un retour progressif à la rentabilité
Lors de cette réunion avec les représentants de l’État, de la région Centre-Val de Loire, de la métropole d’Orléans et des banques partenaires, François Marciano, directeur général depuis la reprise, a dressé un bilan positif : « Nous avions annoncé un redressement progressif, et les chiffres montrent que nous sommes sur la bonne trajectoire. Nous sommes fiers de cette dynamique. » Le chiffre d’affaires, tombé à moins de 25 millions d’euros en 2023, devrait atteindre 31 millions d’euros en 2025, selon les projections de l’entreprise, puis 33 millions en 2026 et 35 en 2027. L’objectif : retrouver la rentabilité dès 2026.
Modernisation et embauches
Ce redémarrage s’accompagne d’un renforcement de l’équipe : l’entreprise est passée de 227 à 242 salariés. Parmi les recrues figure Peggy Sadier, nouvelle directrice marketing, arrivée en janvier 2025 pour impulser une stratégie commerciale offensive. L’équipe commerciale a été élargie et repositionnée pour viser à la fois les marchés traditionnels ( restauration, collectivités, grande distribution ) et de nouveaux segments plus en affinité avec la montée du « made in France » et du rétro.
Une offensive marketing sur fond de nostalgie
Duralex capitalise aujourd’hui sur sa forte valeur affective. « C’est une marque générationnelle. Tout le monde a bu dans un verre Duralex un jour », rappelle Peggy Sadier. Pour ses 80 ans, la verrerie orchestre un plan de communication complet : campagne sur les réseaux sociaux, partenariat avec des influenceurs lifestyle, installation de ses produits dans des points de vente innovants, comme un café-épicerie à Orléans ou une boutique éphémère à Paris.
En parallèle, un nouveau site Internet, repensé pour le e-commerce, sera lancé en juin. L’objectif est d’atteindre une clientèle plus jeune, sensible aux esthétiques vintage, au design durable et à la fabrication locale.
Produits dérivés et édition collector
Dans le cadre de cette relance, l’entreprise mise sur des produits dérivés, un levier de diversification prisé par les marques patrimoniales. À l’occasion de son anniversaire, un coffret collector de verres colorés frappés du logo « 80 ans » a été lancé. D’autres objets viendront enrichir cette gamme : tee-shirts, plaques émaillées, affiches rétro, sacs en toile… Une façon pour Duralex de réaffirmer son identité tout en explorant de nouveaux territoires commerciaux.
Une histoire industrielle et sociale en toile de fond
La renaissance de Duralex intervient dans un contexte de reconquête industrielle en France. Elle illustre également les potentialités du modèle coopératif dans la sauvegarde d’entreprises en difficulté. « Ce n’est pas qu’une entreprise qui redémarre, c’est aussi une histoire de fierté ouvrière, de patrimoine et de transmission », a souligné un élu régional présent au comité.
La marque, qui exportait encore 80 % de sa production il y a une décennie, entend également se repositionner sur certains marchés à l’export, notamment en Europe et en Asie, grâce à sa nouvelle stratégie.