C’est une surprise inhabituelle dans un contexte où les mutuelles sont plutôt sous pression. Malakoff Humanis a décidé de restituer un mois de cotisation à ses 212 000 assurés individuels, leur offrant ainsi une économie moyenne de 160 euros chacun. Ce geste financier, au total 30 millions d’euros redistribués, s’adresse notamment aux retraités, étudiants et travailleurs indépendants. Une décision inédite, motivée par des dépenses de santé moins élevées que prévu et un besoin stratégique de fidélisation dans un climat de tension politique et fiscale.
Des économies internes… et une pression politique croissante
Selon Thomas Colin, directeur de l’indemnisation, la trajectoire des dépenses de soins a déjoué les pronostics. Alors que les projections tablaient sur une dérive de 5 % en 2024, l’année s’est finalement achevée à +4 %, une tendance stable en 2025. De plus, le report de certaines réformes a permis d’épargner la trésorerie du groupe. L’élargissement du dispositif « 100 % santé » aux fauteuils roulants ne s’appliquera qu’en décembre, tandis que l’augmentation des honoraires de plusieurs spécialistes, prévue pour juillet, a été repoussée au 1er janvier 2026 à cause du dépassement de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie. Cette marge budgétaire offre à la mutuelle l’opportunité de ménager ses assurés les plus exposés aux hausses tarifaires : les particuliers, souvent sans contrat collectif d’entreprise. Le taux de redistribution, 84 % des cotisations reversées en prestations, reste une ligne directrice revendiquée. L’initiative rappelle celle d’Harmonie mutuelle, qui avait, en mai, reversé 84 millions d’euros à ses adhérents et clients entreprises après une année 2024 florissante.
Mais ce geste commercial ne tombe pas dans le vide
Car les complémentaires santé savent qu’elles sont dans le viseur du gouvernement. L’exécutif entend récupérer 1,1 milliard d’euros d’excédents, en arguant que les mutuelles ont surestimé dans leurs tarifs les conséquences de transferts de charges finalement abandonnés. Une accusation jugée « totalement inexacte » par le président du CTIP, Jacques Creyssel, qui évoque un manque de clarté dans les annonces gouvernementales et un décalage entre la communication politique et le calendrier tarifaire réel. En coulisses, deux options fiscales seraient sur la table : une taxe exceptionnelle, comme celle appliquée durant le Covid, ou une hausse de la taxe de solidarité additionnelle (TSA) sur les cotisations. Une augmentation de 2 points suffirait à combler la somme visée par Bercy. Malakoff Humanis prévient déjà qu’une telle mesure serait immédiatement répercutée sur les cotisations. Pour le directeur de l’indemnisation, « c’est mécanique ». En attendant, le geste du mois de décembre, bien qu’économiquement justifié, fait aussi office de signal politique. Reste à voir si cela suffira à désamorcer la fronde qui monte dans le secteur