Le président de la compagnie aérienne Emirates, Tim Clark, a vivement critiqué dimanche les principaux constructeurs aéronautiques pour leur incapacité persistante à résoudre les problèmes de leur chaîne d’approvisionnement, jugeant que les fabricants eux-mêmes devaient assumer la responsabilité des retards qui entravent l’ensemble du secteur. S’exprimant en marge d’un sommet de l’industrie à New Delhi, le dirigeant de la plus grande compagnie internationale du monde a estimé que les explications récurrentes ne suffisaient plus.
« Je suis assez fatigué de voir les lamentations au sujet de la chaîne d’approvisionnement : vous êtes la chaîne d’approvisionnement », a lancé Tim Clark, visant directement Boeing et Airbus, les deux géants mondiaux dont les livraisons d’avions sont fortement retardées. Ces retards compromettent les plans des compagnies aériennes, qui souhaitent moderniser leurs flottes avec des appareils plus économes en carburant pour accompagner la reprise post-pandémie et le rebond de la demande.
Malgré ce ton ferme, Clark a reconnu des signes d’amélioration du côté de Boeing. L’avionneur américain, confronté à une crise prolongée de qualité suivie d’une grève de ses employés, tente actuellement de redresser la cadence de production. Emirates, qui a commandé 205 exemplaires du futur 777X, attend toujours la certification de l’appareil par l’aviation civile américaine. Les premières livraisons, initialement prévues pour 2020, sont désormais envisagées entre fin 2026 et début 2027.
De son côté, Airbus a également prévenu ses clients, selon des sources citées par Reuters, qu’il pourrait subir jusqu’à trois nouveaux retards de livraison en raison de blocages persistants chez ses fournisseurs. Un scénario qui pourrait affecter à nouveau les projets d’expansion des compagnies clientes, dont Emirates.
Sur un autre front, Clark a minimisé pour l’instant l’impact de la guerre tarifaire menée par le président américain Donald Trump. Il a indiqué ne pas observer de changement significatif dans la demande pour les services d’Emirates, tout en précisant que les fabricants comme GE Aerospace, fournisseur de moteurs, absorberaient probablement l’essentiel de ces coûts supplémentaires.
Clark a également évoqué Rolls-Royce, un autre fournisseur de moteurs, critiqué par Emirates dans le passé pour des problèmes de fiabilité en conditions chaudes. Il a toutefois laissé la porte ouverte à de futures collaborations dans le Golfe si le motoriste britannique parvient à répondre aux exigences de performance.
Alors que la demande mondiale en transport aérien poursuit sa croissance, les compagnies s’impatientent face à des constructeurs qu’elles jugent trop lents à réagir. Pour Emirates, la résilience du secteur dépendra désormais de la capacité des avionneurs à livrer ce qu’ils promettent.