RIO DE JANEIRO – L’arrivée massive de véhicules électriques chinois à bas coût sur le marché brésilien suscite une vive inquiétude chez les industriels locaux, qui demandent désormais au gouvernement de relever les droits de douane pour protéger l’industrie automobile nationale. Le phénomène a pris une ampleur spectaculaire, illustrée récemment par le voyage inaugural du BYD Shenzhen, le plus grand navire transporteur de voitures au monde, qui a accosté au Brésil avec une cargaison équivalente à vingt terrains de football de véhicules.
Selon des données d’expédition récentes, le Brésil est rapidement devenu l’une des principales destinations des exportations chinoises de voitures électriques. Cette poussée est portée par des marques comme BYD, qui misent sur la demande croissante en mobilité durable dans la plus grande économie d’Amérique latine. Pour les constructeurs chinois, ce marché en expansion représente une opportunité stratégique, à la fois pour écouler leur production excédentaire et pour renforcer leur présence internationale.
Face à cette déferlante, les représentants de l’industrie automobile brésilienne montent au créneau. Plusieurs groupes industriels appellent le gouvernement à augmenter les tarifs d’importation sur les véhicules étrangers, en particulier ceux provenant de Chine, afin d’éviter une déstabilisation du tissu industriel local. Ils dénoncent une concurrence déloyale liée aux subventions dont bénéficieraient les constructeurs chinois.
Les constructeurs chinois, de leur côté, cherchent à désamorcer les tensions. Plusieurs d’entre eux, dont BYD, ont annoncé leur intention d’investir directement dans l’économie brésilienne, en construisant des usines d’assemblage locales. Une stratégie qui vise à contourner les barrières commerciales potentielles tout en apaisant les critiques sur la perte de souveraineté industrielle.
Le gouvernement brésilien, soucieux de promouvoir à la fois l’investissement étranger et la transition écologique, marche sur une ligne de crête. Il doit arbitrer entre la volonté de démocratiser l’accès aux véhicules propres et la nécessité de protéger les emplois locaux. Une décision sur les éventuelles hausses de tarifs douaniers est attendue dans les prochains mois.
Cette situation rappelle d’autres épisodes de tensions commerciales provoquées par les exportations chinoises dans les secteurs stratégiques. Le Brésil, qui ambitionne de devenir un acteur de poids dans la mobilité durable, devra désormais définir les règles du jeu pour que cette transition ne se fasse pas au détriment de sa propre industrie.