PARIS – Face à l’érosion persistante de sa valeur boursière et aux difficultés de sa marque emblématique Gucci, le groupe de luxe français Kering mise sur une figure extérieure au secteur : Luca de Meo. L’actuel patron de Renault prendra les rênes du conglomérat de luxe dans l’espoir de lui faire retrouver son éclat, après plusieurs années de performances décevantes.
Ce choix audacieux de François-Henri Pinault, héritier de l’empire Kering et PDG depuis 2005, marque une inflexion stratégique majeure. De Meo, reconnu pour avoir redressé Renault à marche forcée, arrive avec la réputation d’un gestionnaire rigoureux, capable de gérer la dette et de restaurer la rentabilité d’un groupe en perte de vitesse. L’annonce de sa nomination a provoqué un bond spectaculaire de 12 % du titre Kering, signe que le marché salue cette prise de risque calculée.
Le défi auquel il fait face est de taille. Gucci, pilier du chiffre d’affaires du groupe, peine à se réinventer depuis le départ du créateur Alessandro Michele fin 2022. La récente nomination du designer Demna, transfuge de Balenciaga, n’a pas convaincu les investisseurs. De Meo devra donc rapidement stabiliser cette maison italienne emblématique tout en lançant une vaste campagne de réduction des coûts, incluant fermetures de boutiques, cessions d’actifs et licenciements ciblés.
Autre chantier majeur : l’acquisition complète de Valentino. Kering détient déjà 30 % de la marque, achetés en 2023 pour 1,9 milliard de dollars, et pourrait être contraint d’acheter les 70 % restants dès mai 2026. Une opération estimée à environ 4 milliards d’euros, qui pourrait nécessiter un paiement en actions. De Meo devra ainsi piloter des négociations sensibles avec le fonds qatari Mayhoola, tout en veillant à ne pas alourdir davantage le bilan du groupe.
Bien qu’il soit novice dans le secteur du luxe, les précédents d’autres dirigeants venus d’univers industriels, comme Leena Nair (Chanel) ou Benedetto Vigna (Ferrari), offrent des exemples encourageants. Pour nombre d’observateurs, l’approche structurée et analytique de De Meo pourrait injecter la discipline managériale dont Kering a cruellement besoin à ce stade de son histoire.
La tâche est immense, mais l’arrivée de Luca de Meo pourrait bien marquer un tournant décisif pour Kering. À condition qu’il parvienne à apprivoiser rapidement les codes d’une industrie où l’émotionnel, l’image et la création comptent autant – sinon plus – que l’efficience économique.