Industrie française : les acquisitions chinoises se multiplient sur fond de fragilité économique
Industrie française : les acquisitions chinoises se multiplient sur fond de fragilité économique

La reprise par des groupes chinois de trois entreprises industrielles françaises en quelques mois alimente les inquiétudes sur la vulnérabilité du tissu productif hexagonal. En chimie, automobile ou hydrogène, des fleurons sont passés sous pavillon asiatique dans l’indifférence quasi générale. Vencorex, équipementier automobile GMD, constructeur d’autobus Safra : ces noms ne disent peut-être pas grand-chose au grand public, mais ils incarnaient jusqu’à récemment le savoir-faire industriel français dans des secteurs stratégiques. En difficulté financière ou placées en redressement judiciaire, ces entreprises ont été rachetées entre avril et mai 2025 par des groupes chinois. Chaque opération a été validée par les tribunaux de commerce locaux, face à l’absence de repreneurs français ou au rejet d’alternatives coopératives.

La Chine avance ses pions dans la transition industrielle

Le phénomène n’est pas nouveau. Dès les années 2010, les investissements chinois en France avaient bondi, atteignant 15 milliards d’euros en 2017. S’ils avaient connu une accalmie en 2024, la tendance repart à la hausse en 2025. Cette fois, la Chine vise clairement les secteurs liés à la transition énergétique. Le groupe Envision a investi 2 milliards d’euros dans une usine de batteries dans le Nord. D’autres géants, comme XTC ou DAS Solar, développent des projets similaires autour du lithium ou du solaire. Près de 900 filiales chinoises emploient déjà plus de 50 000 personnes en France. Elles sont présentes dans l’agroalimentaire, le tourisme, la finance ou le luxe, mais aussi dans l’électronique et les transports. Les rachats se font parfois à bas bruit, via des filiales européennes ou lors de procédures de sauvegarde judiciaire.

Un risque structurel accentué par la guerre commerciale

En Europe, la France ne figure pourtant pas parmi les cibles privilégiées de Pékin. La Hongrie, qui accueille des méga-usines de BYD ou CATL, capte 44 % des investissements chinois dans les véhicules électriques. Mais les faillites d’entreprises françaises pourraient bien inverser cette tendance. Le pays reste attractif en termes de savoir-faire et de débouchés commerciaux. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis joue un rôle déterminant. Face à l’explosion des droits de douane américains, les industriels chinois cherchent des portes d’entrée vers l’Union européenne. L’Allemagne (+21 %) et la France (+24 %) ont vu leurs importations en provenance de Chine bondir sur un an, tandis que les exportations vers les États-Unis s’effondraient.

Un État impuissant face aux rachats

La France dispose d’une liste de secteurs sensibles nécessitant une autorisation préalable en cas de rachat par un acteur étranger. Mais cette protection reste ponctuelle. Aucun dispositif financier d’ampleur ne permet aujourd’hui de reprendre des entreprises en difficulté pour les soustraire à la pression étrangère. Pour certains observateurs, comme Olivier Lluansi, ancien conseiller industriel, c’est là que réside le vrai problème : faute de fonds souverains nationaux puissants, la France laisse partir des « pépites » au gré du marché. Le risque est clair : voir l’industrie française, déjà affaiblie, se faire dépecer par une stratégie d’implantation chinoise méthodique, au moment même où l’Europe cherche à regagner sa souveraineté industrielle.

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