Alors que la guerre commerciale entre les États-Unis et ses partenaires s’intensifie, Porto Rico y voit une rare opportunité de redynamiser son économie fragile. Le territoire américain cherche activement à attirer des entreprises internationales de fabrication, leur promettant une exemption de droits de douane s’ils choisissent de s’implanter sur l’île.
Le gouvernement portoricain multiplie les démarches pour séduire des industriels à la recherche d’alternatives à la Chine ou à d’autres pays ciblés par les sanctions américaines. À la clé, un potentiel de relocalisation d’usines dans les secteurs de l’aéronautique, des dispositifs médicaux ou encore de la pharmacie — un domaine historiquement fort à Porto Rico. Entre 75 et 100 entreprises seraient actuellement ciblées, selon Ella Woger Nieves, directrice d’Invest Puerto Rico, organisme public-privé chargé de promouvoir l’île comme destination d’investissement.
« La question des tarifs douaniers est controversée, mais pour Porto Rico, c’est une formidable opportunité », a déclaré la gouverneure Jenniffer González. Avec près de 50 % du produit intérieur brut lié à l’industrie manufacturière, l’île souhaite retrouver son âge d’or, lorsque les géants de la pharmacie y avaient massivement investi grâce à des exonérations fiscales fédérales. Depuis la suppression progressive de ces avantages à partir de 1996, l’économie a chuté, malgré le maintien d’une forte présence pharmaceutique.
Les autorités portoricaines multiplient les voyages à l’étranger, invitent des représentants d’entreprises et organisent des visites de sites industriels disponibles, insistant sur les avantages de la juridiction américaine et des incitations fiscales. Le soutien de Donald Trump à la réduction des délais de construction pour les usines pharmaceutiques sur le sol américain est également perçu comme un levier favorable.
Mais l’île doit composer avec un talon d’Achille de taille : son réseau électrique. Déjà affaibli avant l’ouragan Maria de 2017, il reste instable, avec plusieurs pannes généralisées ces derniers mois. Si des solutions alternatives comme la cogénération ou les énergies renouvelables sont proposées, le coût de l’énergie reste un frein majeur pour les investisseurs.
Malgré ces défis, les autorités espèrent que le statut de territoire américain de Porto Rico jouera en sa faveur, notamment dans les domaines sensibles comme la défense. Mais la concurrence est rude : des pays comme le Vietnam, la Corée du Sud ou la Malaisie disposent déjà d’infrastructures de production bien plus avancées.
« Ce n’est pas gagné d’avance », prévient Sergio Marxuach, analyste au think tank Center for a New Economy. « Beaucoup d’entreprises attendent de voir comment évoluera la guerre commerciale avant de se lancer. »