C’est une page qui se tourne dans l’histoire industrielle française. Le géant pétrolier américain ExxonMobil a annoncé ce mercredi 28 mai la vente de ses dernières participations dans la plateforme de Port-Jérôme-sur-Seine, en Seine-Maritime. Ce site, l’un des plus importants d’Europe, concentrait encore les ultimes activités industrielles du groupe en métropole.
Un retrait stratégique, un territoire sous tension
ExxonMobil se désengage totalement de la raffinerie (Esso S.A.F., dont il détenait 82,89 %) et de la branche pétrochimique (ExxonMobil Chemical, 100 %), cédées au canadien North Atlantic. L’opération devrait être finalisée d’ici la fin 2025. En 2024 déjà, le groupe avait réduit drastiquement ses activités à Gravenchon, évoquant une rentabilité insuffisante face à la concurrence asiatique et nord-américaine. La même année, il vendait la raffinerie de Fos-sur-Mer. Le départ est lourd de symboles : ExxonMobil, présent en France depuis plus de 120 ans, quitte la scène industrielle hexagonale, laissant derrière lui 1 300 salariés et un territoire inquiet. Les élus locaux dénoncent un abandon. « Aucune garantie solide sur l’emploi ou la sécurité industrielle n’a été apportée », s’alarment la sénatrice Céline Brulin et le député Jean-Paul Lecoq. Le site est classé Seveso seuil haut.
North Atlantic veut devenir un acteur « transatlantique »
Le groupe promet une transition maîtrisée, avec maintien des emplois et des avantages. Le groupe canadien prévoit aussi de diversifier la production vers les biocarburants. Mais dans une France qui ne compte plus que six raffineries en fonctionnement, ce transfert de contrôle ravive les angoisses d’un tissu industriel sous pression. La France voit s’éteindre un à un les phares de sa souveraineté énergétique. Et même si la marque Esso restera présente dans 750 stations-service, l’ère ExxonMobil en tant qu’industriel français appartient désormais au passé