Cuba produit son plus faible volume de sucre depuis plus d’un siècle, menaçant l’industrie du rhum
Cuba produit son plus faible volume de sucre depuis plus d’un siècle, menaçant l’industrie du rhum

LA HAVANE – La production de sucre brut à Cuba atteindra cette année son plus bas niveau depuis le XIXe siècle, avec moins de 200 000 tonnes prévues, une chute historique qui menace désormais l’un des produits emblématiques du pays : le rhum cubain. Cette situation, révélée par des données officielles et une source industrielle, met en lumière l’effondrement progressif d’un secteur autrefois pilier de l’économie insulaire.

L’entreprise publique AZCUBA, chargée de la production sucrière, tablait initialement sur 265 000 tonnes pour la campagne actuelle. Mais à quelques semaines de la fin de la saison, la production affiche un déficit estimé à près de 100 000 tonnes. En comparaison, Cuba avait encore produit 1,3 million de tonnes en 2019, et 350 000 tonnes en 2023. Le pays devra ainsi importer davantage de sucre qu’il n’en produit pour satisfaire ses besoins minimaux, une première dans son histoire moderne.

Ce déficit affecte particulièrement les distilleries de rhum, qui ne peuvent légalement utiliser que du sucre ou de la mélasse produits localement. L’alcool à 96 % d’éthanol, base essentielle de la distillation du rhum haut de gamme, a vu sa production chuter de 70 % depuis 2019, selon l’Agence nationale des statistiques. Un acteur étranger du secteur a confié à Reuters, sous couvert d’anonymat, que l’industrie survit actuellement grâce aux réserves constituées les années précédentes. « Mais la question est de savoir si nous aurons de nouveaux stocks à l’avenir », s’est-il inquiété.

La situation reflète l’agonie plus large de l’économie cubaine, minée par les sanctions américaines, des pénuries chroniques et une gouvernance défaillante. La production de canne à sucre est gravement affectée par le manque d’intrants, de carburant et de pièces pour les machines agricoles et les usines de transformation.

Alors que la saison des pluies approche, rendant le broyage de la canne plus difficile, seuls quelques territoires ont partiellement atteint leurs objectifs. La province de Sancti Spiritus est la seule à avoir terminé son plan de production – modeste – de 19 000 tonnes. Villa Clara, autrefois fleuron du sucre cubain, n’a atteint que 38 % de son objectif, et Las Tunas n’a produit que 11 % du sien. Les autorités locales pointent des pannes industrielles, un manque de carburant et l’absence de lubrifiants.

Symbole de l’âge d’or sucrier de Cuba, l’année 1989 marquait encore une production record de 8 millions de tonnes, alors soutenue par l’Union soviétique. Depuis son effondrement, la production n’a cessé de décroître, et avec elle, une partie de l’identité économique de l’île.

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