Chez Renault Cléon, les grandes annonces ne rassurent pas du tout les salariés
Chez Renault Cléon, les grandes annonces ne rassurent pas du tout les salariés

Sur le papier, les annonces de la direction du groupe Renault, faites début mai 2025, auraient pu apaiser les inquiétudes qui pèsent sur l’usine de Cléon, en Seine-Maritime. De nouveaux projets industriels ont été évoqués : un moteur électrique inédit, la poursuite de la fabrication du moteur thermique diesel M9, ou encore un nouveau boîtier électronique de puissance. Autant de promesses censées renforcer l’activité du site. Pourtant, dans les ateliers comme chez les syndicats, la méfiance domine. « On nous parle de relance, mais on n’est pas dupes », tranche un représentant syndical.

Des promesses, mais peu de garanties

Mercredi 7 mai, Renault annonçait via communiqué une série de nouveautés censées renforcer la pérennité de Cléon. Parmi elles, le lancement en 2027 du moteur électrique E7A, destiné à équiper les modèles haut de gamme du constructeur. Mais pour William Audoux, responsable CGT, cette annonce cache un problème de fond : « Ce moteur, c’est pour des SUV à 45 000 ou 50 000 euros, des voitures qui aujourd’hui ne se vendent pas. Ce n’est pas ça qui fera tourner nos lignes. » Un constat partagé par Pascal De Maayer (CFDT), qui déplore un manque de volume : « Cléon est censé devenir un pôle d’excellence du moteur électrique, mais dans les faits, on n’arrive pas à faire tourner trois équipes. » Si les projets sont sur la table, les volumes, eux, ne suivent pas. D’où la crainte d’un site sous-utilisé, incapable de compenser les pertes liées à la fin progressive des motorisations thermiques.

Mobilisation pour la survie de l’usine

En deux ans, Cléon a déjà perdu 600 postes en CDI. Les intérimaires ont fondu comme neige au soleil : 1 906 en 2020, 180 aujourd’hui. « Ce sont les chiffres de la direction elle-même », rappelle la CGT. Pour les syndicats, seule une relocalisation des moteurs d’entrée de gamme — ceux des futures R5 et 4L électriques — pourrait sauver l’emploi. Ce mercredi 14 mai à midi, un rassemblement est prévu devant l’usine à l’appel des syndicats. Objectif : rappeler aux dirigeants comme aux élus que les effets d’annonce ne suffisent plus. Plusieurs figures politiques, notamment de La France insoumise, sont attendues, aux côtés de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet. Pour William Audoux, le message est clair : « Il vaut mieux ces annonces que rien du tout, mais il nous faut des produits concrets, pour des voitures qui se vendent. Sinon, la saignée va continuer. » Quant à Pascal De Maayer, il conclut, amer : « On espère que le moteur électrique nous sauvera, mais on commence à douter sérieusement. »

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