Automobile : les voitures essence et diesel reléguées à un tiers du marché européen
Automobile : les voitures essence et diesel reléguées à un tiers du marché européen

Les constructeurs automobiles n’ont de cesse de pointer du doigt les normes européennes comme coupables de la flambée des prix. Mais une étude publiée ce jeudi 22 mai par l’Institut Mobilités en Transition (IMT) et le cabinet C-Ways leur oppose un démenti cinglant : ce ne sont pas les obligations environnementales ou sécuritaires qui tirent les prix vers le haut, mais bien leurs choix stratégiques. Entre 2020 et 2024, le prix moyen d’un véhicule neuf a bondi de 6 800 euros en France, soit +24 %, pour atteindre 34 872 euros. Une progression vertigineuse dans un marché en chute libre, où les ventes de voitures neuves ont reculé de 22 % dans l’Hexagone sur la même période. De quoi agiter les patrons de Stellantis ou Renault, qui dénoncent un « désastre » provoqué, selon eux, par les réglementations européennes.

Quand les constructeurs creusent eux-mêmes le fossé

Sauf que, selon l’IMT et C-Ways, l’impact des normes comme Euro 6.d Full ou GSR 2 reste marginal sur cette période. En réalité, seule une fraction (6 points sur les 24 %) de la hausse est attribuable à des facteurs subis comme l’inflation ou les matières premières. Les véritables moteurs de l’envolée sont ailleurs : montée en gamme volontaire (12 points) et électrification du parc (6 points). C’est bien le virage stratégique vers les SUV, les voitures électriques ou hybrides, et les finitions premium qui renchérit les prix – pas Bruxelles. L’étude épingle plusieurs marques ayant clairement opté pour cette montée en gamme : Fiat avec sa 500 électrique, Renault en abandonnant les petites Clio pour des SUV, Mercedes en tirant un trait sur les segments abordables, Ford, Kia, Hyundai… Et même les constructeurs censés rester accessibles – Dacia, Skoda, Opel – ont augmenté leurs prix bien au-delà de l’inflation.

Une régulation plus maligne, pas moins de régulation

Conséquence : les classes populaires désertent les concessions. Les ménages modestes ne représentaient plus que 31 % des acheteurs de voitures neuves en 2024, contre 43 % en 2019. L’âge moyen des véhicules en circulation grimpe, et celui des acheteurs aussi : 55 ans. Pendant ce temps, les bénéfices explosent. Les profits des constructeurs automobiles ont atteint 145 milliards d’euros sur la période 2020-2024, contre 80 milliards entre 2015 et 2019. De quoi relativiser les lamentations des dirigeants du secteur. À l’approche de 2035, date prévue de l’interdiction de vente des voitures thermiques, les constructeurs poussent pour un assouplissement, misant sur les hybrides rechargeables ou les « range extender » – des solutions pourtant encore plus coûteuses. Les auteurs de l’étude suggèrent une autre piste : créer une catégorie européenne de micro-voitures bon marché, à l’image des kei cars japonaises, accompagnée d’incitations publiques ciblées. Un message clair : si le marché ne veut pas redescendre en gamme, c’est aux pouvoirs publics de remettre les pieds sur le frein.

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