Automobile : comment la Chine repart à la conquête de l’Europe @AP
Automobile : comment la Chine repart à la conquête de l’Europe @AP

De Munich à Paris, de BYD à Xpeng, les constructeurs chinois attaquent le marché européen malgré les barrières douanières. Ils vendent déjà une voiture électrique sur dix en Europe. Il y a deux ans, en 2023, la route européenne était grande ouverte aux constructeurs chinois. Ils l’avaient prise à toute vitesse. Exemple emblématique : MG Motor, filiale du conglomérat public SAIC, qui écoulait plus de 20 000 unités de son SUV électrique MG4, dopé par une prime de 6 000 euros alors encore accessible en France. Depuis, Bruxelles a resserré la vis. Pour freiner l’appétit des géants chinois nourris aux subventions de Pékin, l’Union européenne a imposé des surtaxes pouvant grimper jusqu’à 45 % sur les modèles importés, exclus du bonus écologique en France depuis 2024. Paris a même dégainé le 8 septembre une aide limitée de 1 000 euros, réservée aux acheteurs d’un véhicule électrique « assemblé en Europe », afin de contrer la percée asiatique.

Des chiffres qui inquiètent

Les mesures n’ont pas suffi à enrayer la dynamique. Sur les huit premiers mois de 2025, BYD a déjà immatriculé plus de 8 200 véhicules en France. Au niveau continental, les marques chinoises pèsent désormais près de 10 % du marché électrique. Une progression spectaculaire quand on se souvient qu’en 2020, elles n’en représentaient que 1 %. Les salons automobiles européens en témoignent : à Munich comme à Paris, les stands chinois rivalisent de gigantisme. BYD, Xpeng, Nio ou Leapmotor multiplient les annonces et les nouveaux modèles, souvent mieux équipés et proposés à des tarifs inférieurs de 20 à 30 % à ceux des concurrents européens.

La riposte européenne

Face à ce raz-de-marée, les constructeurs historiques se divisent. Volkswagen, Renault et Stellantis appellent à une riposte industrielle et réclament un soutien public massif pour rattraper le retard sur les batteries et les plateformes électriques. D’autres, comme BMW ou Mercedes, redoutent une guerre commerciale frontale avec la Chine, premier marché mondial du haut de gamme, où ils écoulent une part essentielle de leurs ventes. Dans les couloirs de Bruxelles, la question dépasse l’automobile. Elle symbolise la difficulté de l’Europe à protéger ses industries stratégiques tout en maintenant son ouverture commerciale. Pékin a déjà prévenu : toute mesure jugée « discriminatoire » sera suivie de représailles, notamment sur les exportations agricoles ou aéronautiques européennes. En attendant, sur les routes européennes, les SUV et berlines électriques chinois continuent de gagner du terrain. Et derrière eux, c’est une bataille industrielle, économique et géopolitique qui se joue, où l’avenir de l’automobile européenne pourrait bien se décider.

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