Faux documents et millions détournés : Yahya Mawloud gravement mis en cause par Electricité du Liban dans le scandale des centrales de Jiyeh et Zouk. (AP, Entrevue)
Faux documents et millions détournés : Yahya Mawloud gravement mis en cause par Electricité du Liban dans le scandale des centrales de Jiyeh et Zouk. (AP, Entrevue)

La relation entre l’Électricité du Liban (EDL) et le consortium chargé de l’exploitation et de la maintenance des centrales de Jiyeh et de Zouk, MEP, OEG et Arkay Energy, représenté par Yahya Mawloud, s’est terminée sur fond de soupçons graves. L’établissement public a saisi le parquet près la Cour de cassation, accusant le consortium de falsification de documents, d’usage de faux pour capter des fonds publics et de mise en danger délibérée d’un service vital. Selon EDL, pas moins de 4,7 millions d’euros ont été versés sur la base de documents mensongers, sans aucune garantie que les prestations facturées aient réellement été effectuées.

Une lettre suspecte à l’origine d’un décaissement massif

Au cœur du dossier figure un courrier que MEP présente comme émanant du constructeur allemand MAN Energy Solutions et daté du 20 juin 2025. Ce document affirme que les opérations de maintenance lourde réalisées sur les moteurs de la centrale de Jiyeh ont été supervisées par le fabricant. Or, cette lettre, aujourd’hui formellement contestée par la société allemande elle-même, a servi de fondement au décaissement de plusieurs millions d’euros de fonds publics.

Un passage en force financier

Sur la foi de ce seul document, EDL a réglé des montants considérables pour la maintenance de moteurs présentés comme opérationnels, alors même que les garanties contractuelles n’étaient pas réunies. Ces paiements, effectués avant la réception définitive des équipements et sans rapports techniques détaillés, exposent selon EDL une pratique assimilable à un passage en force financier, imposé à une institution publique sous pression permanente de pénurie électrique.

Des documents contradictoires et manifestement incohérents

Lorsque EDL réclame des justificatifs techniques précis, MEP transmet un second courrier, strictement identique au premier, à l’exception d’un détail lourd de conséquences : la date. Le document est cette fois antidaté au 3 juin 2025, tout en affirmant que les moteurs étaient prêts à fonctionner. Une affirmation que les ingénieurs d’EDL jugent techniquement impossible, les équipements étant encore démontés et en pleine phase de maintenance à cette période.

Une falsification difficilement contestable

L’incohérence devient plus flagrante encore lorsque EDL établit que le constructeur MAN a officiellement changé de nom pour devenir EVERLLENCE le 4 juin 2025, entraînant une modification immédiate de l’ensemble de ses en-têtes, signatures et coordonnées. La présence d’un courrier prétendument émis le 3 juin sous l’ancienne identité de la société, combinée à des signatures désormais reniées par leurs supposés auteurs, renforce l’hypothèse d’une falsification délibérée.

La défense fragile face aux faits

Interpellée sur ces anomalies, MEP persiste à affirmer l’authenticité des documents et se retranche derrière un courriel d’un employé du fabricant allemand. Contacté par le journal Al-Akhbar, Yahya Mawloud, représentant du consortium, a refusé de commenter, se contentant d’indiquer que le dossier était désormais entre les mains de la justice. Un silence qui, dans un contexte d’accusations de falsification et de millions d’euros versés, alimente davantage les soupçons qu’il ne les dissipe.

Le désaveu formel du constructeur allemand

Le 8 octobre 2025, la société EVERLLENCE informe officiellement Électricité du Liban qu’elle ne reconnaît pas le courrier daté du 20 juin 2025 et affirme que les signatures apposées au nom de ses dirigeants sont fausses. Ce démenti catégorique jette une lumière crue sur les conditions dans lesquelles des millions d’euros ont été versés et prive rétroactivement ces paiements de toute base contractuelle valable.

Une réunion de crise aux lourdes implications

Une réunion en ligne est organisée le 16 octobre 2025 entre le président du conseil d’administration d’EDL, Kamal Hayek, le vice-directeur d’EVERLLENCE, Olaf Guinard, et Yahya Mawloud, représentant du consortium. Lors de cet échange, Guinard réaffirme n’avoir jamais signé le document litigieux et indique que le groupe allemand a ouvert une enquête interne afin d’identifier les responsabilités et de faire la lumière sur les circonstances de cette affaire, désormais entre les mains de la justice libanaise.

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