Les habitants d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, redoutent des risques sanitaires après la découverte de 171 corps dans des fosses communes, selon les autorités provinciales. Les dépouilles auraient été retrouvées après le retrait des rebelles du M23 de cette ville du Sud-Kivu.
Le gouverneur Jean-Jacques Purusi a indiqué que deux fosses communes avaient été mises au jour en périphérie de la ville, imputant ces morts au groupe rebelle. L’Associated Press précise ne pas avoir pu vérifier ces affirmations de manière indépendante, et le M23 n’a pas immédiatement réagi. Les corps ne seront inhumés qu’après les examens médico-légaux requis, a ajouté le gouverneur, appelant à ne pas perturber les sites.
Des riverains affirment avoir découvert des corps en décomposition, partiellement enterrés dans des fosses peu profondes, notamment dans l’enceinte d’un complexe résidentiel. « Cela représente un grand danger pour les communautés voisines », a déclaré par téléphone à l’AP Flavien Kalenga Mutumishi, qui vit à proximité d’un des sites.
Un autre habitant, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a expliqué que des agents de santé avaient été sollicités, mais se seraient montrés réticents à intervenir en l’absence de sécurisation adéquate des lieux.
Des organisations de la société civile ont indiqué que l’accès aux fosses communes était restreint par les autorités et que la prise de photos était interdite.
Les autorités judiciaires congolaises ont ouvert une enquête. Le gouverneur a appelé la mission de l’ONU en RDC (MONUSCO) et les organisations régionales à mener leurs propres investigations. La MONUSCO a toutefois déclaré ne pas être en mesure de confirmer les informations en raison d’un manque de données vérifiables sur l’emplacement précis, le nombre de victimes et les circonstances des décès.
Les autorités provinciales et certains acteurs locaux accusent le M23 d’avoir exécuté des personnes soupçonnées de liens avec l’armée congolaise ou des milices pro-gouvernementales. Le groupe rebelle, comme les forces armées congolaises, a déjà été accusé par des ONG de violations graves des droits humains.
Le M23 avait pris le contrôle d’Uvira en décembre à l’issue d’une offensive rapide, qui aurait fait plus de 1 500 morts et déplacé environ 300 000 personnes, selon des autorités régionales. Le groupe s’est ensuite retiré, qualifiant ce geste de « mesure unilatérale de confiance » à la demande des États-Unis pour favoriser un processus de paix.
La RDC, les États-Unis et des experts de l’ONU accusent le Rwanda de soutenir le M23, qui compterait aujourd’hui environ 6 500 combattants. Dans l’est du pays, riche en ressources minières, plus de 100 groupes armés sont actifs. Le conflit a provoqué l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, avec plus de 7 millions de déplacés internes, selon l’ONU.
Malgré un accord récemment négocié entre Kinshasa et Kigali sous médiation américaine et des discussions en cours entre le gouvernement congolais et les rebelles, les combats se poursuivent sur plusieurs fronts, continuant de faire des victimes civiles et militaires.