Le trimestre commence par un trompe-l’œil statistique. Fin mars, l’onglet A de France Travail, celui des inscrits sans aucune activité, explose : + 8,7 %, soit 3,4 millions de personnes. Sur douze mois, la hausse culmine à près de 13 %. De quoi faire passer le plein-emploi d’Emmanuel Macron pour une vue de l’esprit. Sauf que ces chiffres gonflent d’abord parce qu’un nouveau formulaire a remplacé l’ancien. Depuis octobre, chaque primo-inscrit reste coincé en catégorie A tant qu’il n’a pas signé son contrat d’engagement. Plus de contrat, plus de sortie automatique pour défaut d’actualisation : le compteur enfle mécaniquement. La Dares calcule que, sans ce tour de passe-passe administratif, la progression n’aurait été que de 0,8 % sur le trimestre, un frémissement plutôt qu’un séisme.
Les nouvelles rubriques masquent-elles la conjoncture réelle ?
À la même période, le cumul des catégories A, B et C grimpe de 4,5 %, mais retomberait à 1,3 % si l’on neutralisait l’effet des formulaires. Ensuite vient la réforme RSA, entrée en vigueur le 1ᵉʳ janvier : tous les allocataires sont désormais inscrits d’office. Résultat, une catégorie G « en attente » engloutit déjà 810 000 personnes, tandis que la catégorie F « parcours social » en accueille 27 000, trop éloignées de l’emploi pour chercher le moindre poste. Autrement dit, la France n’a pas seulement plus de chômeurs, elle a surtout davantage de cases pour les classer. Reste à savoir si, derrière cet habillage bureaucratique, la courbe réelle du chômage s’infléchit ou s’accélère ; le prochain trimestre dira si le tri administratif peut durablement masquer l’essoufflement du marché du travail ou s’il ne fait que repousser le jour du bilan.