À Vitry-sur-Seine, 100.000 habitants, une histoire rouge bien ancrée et un scrutin qui excite déjà les états-majors, le maire sortant PCF Pierre Bell-Lloch avance vers le 15 mars 2026 avec une drôle de musique en fond : celle d’une gauche qui ne marche plus au pas. Donné favori, l’édile doit pourtant composer avec une concurrence plus nerveuse qu’autrefois, portée par La France insoumise qui veut s’installer durablement dans les villes populaires, là où le PCF gardait encore quelques forteresses.
Sauf que la campagne ne se résume pas à un choc de tracts et de programmes. Pierre Bell-Lloch affirme subir des attaques personnelles qu’il juge « diffamatoires », visant le passé politique de sa mère, Fabienne Pourre, figure locale communiste, et jusqu’à la profession de foi de certains adversaires. Il annonce déposer plainte pour atteinte à l’honneur et se constituer partie civile. Quand une municipale se met à ressembler à un règlement de comptes, le débat local s’étiole, et le lecteur (comme l’électeur) se demande vite qui parle encore des écoles, de la sécurité du quotidien ou de la propreté.
À Vitry, la bataille se joue aussi au couteau
Face à lui, le nom qui monte s’appelle Hocine Tmimi, divers gauche soutenu par LFI, et il ne vient pas seul : Jean-Claude Kennedy, ancien maire PCF de Vitry, aujourd’hui en rupture avec son successeur, lui apporte son appui. Une image vaut mille discours : l’ancien édile contre le maire en place, comme si la famille communiste se disputait l’héritage au milieu du salon. La fracture, selon le reportage, traîne depuis près de six ans, prolongement direct des tensions internes nées après la séquence municipale de 2020.
Pendant ce temps, sur le terrain, l’ambiance paraît morose. Dans les commerces, on parle plus volontiers du prix du carburant que des projets de quartier, signe d’une campagne qui peine à accrocher. Pierre Bell-Lloch tente de préserver l’ancrage communiste face à une gauche fragmentée et à l’offensive insoumise ; mais à force de division, Vitry risque de devenir un laboratoire grandeur nature de la recomposition à gauche. Et si, au final, ce duel fratricide finissait surtout par ouvrir un boulevard à ceux qui regardent la ville autrement.