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CITÉ DU VATICAN — Ils étaient largement minoritaires au conclave de la semaine dernière, encore marqués par douze années de mise à l’écart sous le pontificat de François. Pourtant, les conservateurs et les traditionalistes catholiques affichent aujourd’hui un optimisme prudent. L’élection du pape Léon XIV, premier pontife américain de l’histoire, laisse entrevoir pour eux un possible retour à une plus grande rigueur doctrinale, même si les progressistes y voient plutôt une continuité avec la réforme amorcée par son prédécesseur.

Le cardinal Gerhard Müller, figure majeure du camp conservateur et ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi — évincé par François en 2017 —, a salué lundi l’élection de Léon XIV. Selon lui, ce dernier pourrait réconcilier les factions qui se sont opposées au sein de l’Église durant les années François. Müller a notamment laissé entendre que le nouveau pape pourrait assouplir les restrictions imposées à la messe en latin, rétablie par Benoît XVI et fortement réduite par François.

« Je suis convaincu qu’il saura surmonter les tensions superflues qui ont nui à l’unité de l’Église », a déclaré Müller à l’agence Associated Press. « Il faut éviter les conflits inutiles. » Il a ajouté que Léon XIV, de par son tempérament, pourrait « trouver une solution bénéfique pour tous » en ce qui concerne l’usage de la liturgie traditionnelle.

L’élection de l’ancien cardinal Robert Prevost, missionnaire augustinien ayant passé une grande partie de sa vie au Pérou, a surpris par sa rapidité : moins de 24 heures, un record dans un conclave pourtant vaste et géographiquement divers. Sa victoire au quatrième tour de scrutin avec une large majorité a dépassé les attentes, notamment parce que François avait nommé l’écrasante majorité des cardinaux électeurs.

Dans les rangs conservateurs, plusieurs gestes symboliques du nouveau pape ont été interprétés comme des signaux positifs : sa lecture d’un discours préparé depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, sa référence directe au Christ dans ses premiers mots, le choix de revêtir la cape rouge (mozzetta) du pontificat, que François avait abandonnée, et sa récitation chantée en latin du Regina Caeli dominical.

L’archevêque Georg Gänswein, ancien secrétaire particulier de Benoît XVI et lui aussi marginalisé sous François, a vu dans le choix du nom de Léon — en référence à Léon XIII et à Léon le Grand — un signe de respect pour la tradition et la clarté doctrinale. « Le pape Prevost me donne beaucoup d’espoir », a-t-il déclaré dans Corriere della Sera.

Parmi les soutiens supposés à Léon XIV figure également le cardinal Raymond Burke, fervent défenseur de la messe tridentine et autre figure limogée par François. Selon plusieurs observateurs, Burke aurait œuvré dans les coulisses pour rallier les suffrages conservateurs.

Mais Léon XIV n’est pas perçu uniquement comme un champion des traditionalistes. Ses premiers mots, appelant à bâtir des ponts, ont rassuré les modérés, qui y ont vu un prolongement de l’approche inclusive de François envers les personnes LGBTQ+ et les adeptes d’autres confessions. « Le pape, en tant que successeur de Pierre, doit rassembler l’Église », a résumé Müller.

Dans les jours à venir, plusieurs observateurs s’attendent à ce que Léon XIV réintègre les appartements pontificaux du palais apostolique, que François avait délaissés au profit de la résidence hôtelière Sainte-Marthe. Ce changement serait vu par certains comme une réaffirmation du caractère institutionnel du ministère pétrinien.

Le flou autour de Léon XIV, peu médiatique et discret dans ses fonctions précédentes, alimente les projections. Il n’a que peu publié et s’est tenu à l’écart des cercles romains habituels, ne participant ni aux conférences ni aux événements académiques. Un profil qui permet à chacun, conservateurs comme progressistes, d’y voir l’homme de leurs espérances.

« Un homme qui a passé l’essentiel de sa vie dans les missions péruviennes croit au pouvoir de vérité de l’Évangile », a résumé George Weigel, biographe de Jean-Paul II, dans un courriel. Pour lui, le choix des vêtements liturgiques de Léon XIV indique qu’« il comprend la nature de la fonction pétrinienne, qui ne doit pas être dictée par les caprices personnels ».

Alors que les attentes sont fortes et parfois contradictoires, le nouveau pontificat s’ouvre dans une atmosphère de prudente espérance. Une chose semble claire : Léon XIV hérite d’une Église traversée de tensions, qu’il devra s’efforcer d’apaiser tout en clarifiant sa propre vision de la foi et de l’institution.

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